Savary Géraldine · Ständerat · 2010-12-02
Savary Géraldine · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2010-12-02
Wortprotokoll
Je remercie Monsieur Bischofberger pour ce postulat. Il a le mérite de lancer le débat et, pour cette raison-là, je le soutiendrai.
La Confédération doit se pencher sur la question de la présence des étudiants étrangers en Suisse. On l'a d'ailleurs déjà fait dans le cadre de la loi sur les hautes écoles spécialisées. On en a discuté ici, dans cette chambre, et on en discutera encore au Conseil national. Le débat est loin d'être clos et il ne me paraît pas inutile d'avoir un rapport qui fixe les choses, qui compare la situation de la Suisse avec les pays qui nous entourent. Donc, je soutiendrai ce postulat.
Je dirai quand même quelques mots sur les questions périphériques que ce postulat nous pose aujourd'hui. Premier constat: on doit se rappeler que la mobilité des étudiants et étudiantes, c'est une tradition de la formation, de la connaissance. Il y a des étudiants suisses qui étudient à l'étranger, il y a des étudiants étrangers qui étudient en Suisse, cela a toujours été comme cela depuis que les universités existent. Je pense qu'il n'y aurait sans doute pas eu d'églises, de cathédrales de cette beauté, de cette qualité, si, à l'époque, les architectes ne s'étaient pas déplacés en Europe, de Florence à Canterbury, à Paris. Cela fait sans doute partie de la beauté de la connaissance, de la formation. Cela a toujours été l'un des objectifs de l'université de faire en sorte que l'apprentissage se construise aussi sur les expériences étrangères. A priori, tout cela est tout à fait normal et fait partie des traditions des hautes écoles et de la tradition suisse, [PAGE 1099] puisque nous avons énormément d'étudiants suisses qui étudient à l'étranger et d'étudiants étrangers qui étudient en Suisse.
La présence d'étudiants étrangers, c'est aussi un signal très positif pour nos hautes écoles. Cela veut dire qu'elles plaisent, qu'elles séduisent. Le fait qu'elles attirent des étudiants étrangers signifie que la place de nos hautes écoles dans les "rankings" est considérée avec beaucoup d'importance par les étudiants étrangers, qui se disent que la formation sur le sol suisse est extraordinaire et qu'ils vont pouvoir se former sur ce territoire qui offre une très bonne formation. C'est positif, c'est aussi le signal que nos écoles sont tout à fait bien cotées au niveau international.
Je dirai encore qu'il faut sans doute faire une différence - peut-être que quelqu'un me l'expliquera mieux, Monsieur Bischofberger - entre la problématique en Suisse alémanique et la problématique en Suisse romande. J'ai lu pas mal d'articles dans la presse alémanique de recteurs d'universités, du président de l'école polytechnique fédérale, qui mettent en évidence un problème au niveau des étudiants étrangers, surtout allemands. Peut-être allez-vous me détromper. Pour la Suisse romande, si l'on regarde les chiffres et les constats des responsables des hautes écoles, la question des étudiants étrangers n'est pas un problème. Elle ne l'est pas au niveau du bachelor parce que le nombre des étudiants est tout à fait normal et qu'il le sera tout autant ces prochaines années. Elle ne l'est pas non plus parce que la loi prévoit d'une certaine manière déjà de contrôler le flux des étudiants étrangers. Il pourrait y avoir un problème au niveau du master, mais ce serait un problème à traiter sur le plan du libre passage entre les institutions académiques, ce que les hautes écoles ne souhaitent pas, à juste titre. Globalement, en tout cas dans les hautes écoles de Suisse romande, la question du flux des étudiants étrangers n'est pas un problème crucial pour les prochaines années.
Ce postulat permettra de poser les bonnes et les vraies questions. J'espère éviter les pièges d'un débat qui porterait sur la question de la discrimination, par exemple liée au passeport, à l'origine ou à la fortune des étudiants qui sont inscrits dans nos hautes écoles. Ce postulat permettra aussi - il me semble intéressant d'ajouter ce point, Monsieur le conseiller fédéral - de faire le bilan d'un système de quotas, soit celui du numerus clausus que nous connaissons dans les facultés de médecine. Celles-ci sont soumises depuis 1998 à un numerus clausus, et ce régime a conduit au fait que nous manquons cruellement de médecins. Aujourd'hui, par conséquent, 6627 médecins sur les 30 000 en activité viennent de l'étranger; ils ont été formés à l'étranger; leur formation a été financée par les contribuables de pays étrangers. Si je peux me permettre une petite pique à l'égard de Messieurs Reimann et Jenny: je ne les ai pas entendus proposer que la Suisse finance la formation des médecins qui viennent de l'étranger et qui sont maintenant au service des patientes et des patients suisses.
Je vous invite à accepter le postulat Bischofberger et à vous concentrer sur les questions véritablement importantes de la formation et des étudiants étrangers dans nos hautes écoles.