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Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2011-03-17

Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2011-03-17

Wortprotokoll

Au nom de la minorité, je vous propose de recommander au peuple et aux cantons d'accepter l'initiative populaire "6 semaines de vacances pour tous".

La réduction de la durée du travail est un mouvement séculaire. En l'espace de cent cinquante ans, la durée du temps de travail a été divisée par deux et, au début du XIXe siècle, on travaillait dans de nombreux pays jusqu'à 80 heures par semaine alors qu'aujourd'hui beaucoup de conventions collectives de travail prévoient 40 heures, et souvent 5 semaines de vacances voire 6 pour les plus de 50 ans. Force est toutefois de constater que ce mouvement s'est arrêté puisque, sur le plan légal, plus rien ne s'est passé depuis un quart de siècle. Il faut remonter à dix ou quinze ans, voire davantage, pour constater de grandes avancées dans les conventions collectives de travail. Lors d'enquêtes effectuées sur le plan syndical, on constate que les salariés ne sont plus tellement intéressés par une réduction linéaire de l'horaire hebdomadaire parce qu'ils estiment qu'une telle mesure va accélérer les cadences et augmenter le stress. Ils préfèrent soit la semaine de 4 ou 4,5 jours soit un allongement de la durée des vacances.

Cette initiative paraît d'autant plus nécessaire que moins de la moitié des salariés de ce pays sont au bénéfice d'une convention collective de travail. Et je crois là que certains représentants de la droite feraient bien d'arrêter de nous chanter la chanson du partenariat social. Ces salariés sont donc soumis aux minimums légaux qui sont extrêmement faibles, à savoir 4 semaines de vacances. Le moment est donc venu de franchir un pas supplémentaire, d'autant plus que nous vivons une période marquée par l'incertitude, l'augmentation du stress mais aussi la volonté de mieux concilier vie professionnelle et vie familiale.

L'augmentation quasi continuelle de la productivité va de pair avec une accélération croissante des rythmes de travail, phénomène qui a des conséquences multiples sur la santé physique et psychique des salariés. En ce qui concerne par exemple l'addition des jours de congé et des jours fériés en Europe, la Suisse se situe au bas de l'échelle avec 28,4 jours contre 28,5 jours aux Pays-Bas, et cela monte jusqu'à 39,7 jours en Allemagne.

Certains nous disent que l'augmentation des vacances va poser des problèmes sur le plan du développement économique. Eh bien, il faut constater qu'en Europe, seule l'Irlande a moins de congés que la Suisse et, lorsqu'on connaît la situation économique désastreuse de ce pays, on doit bien se rendre compte que cette équation ne tient pas. En ce qui concerne les charges que l'initiative imposait à l'économie, je suis d'avis qu'elles sont tout à fait supportables puisqu'elles se montent à 2 pour cent. J'en arrive même à 1,99 pour cent avec un calcul précis de la masse salariale, et cela réparti sur cinq ans comme le prévoit l'initiative, ce qui représente 0,4 pour cent ou même un peu moins par année. Cela me paraît d'autant plus supportable si on les compare aux [PAGE 477] 10 milliards de francs que le stress coûte par année à la société.

A cela s'ajoute un dernier élément, à savoir qu'à mes yeux et aux yeux de beaucoup, il n'y a pas de développement économique possible sans progrès social conséquent. Aujourd'hui, vous avez l'occasion de marier ces deux éléments de l'alternative, c'est la raison pour laquelle je vous demande de recommander au peuple et aux cantons d'accepter cette initiative populaire.