Lexipedia

preparatory:AB 117701

Fournier Jean-René · Ständerat · Wallis · Fraktion CVP/EVP/glp · 2011-03-16

Wortprotokoll

Evidemment, je prends la parole pour soutenir la proposition de la minorité, et je suis très heureux de déclencher l'hilarité de ma collègue bâloise!

J'aimerais tout d'abord féliciter la Commission de l'environnement, de l'aménagement du territoire et de l'énergie d'avoir reconnu la nécessité de réguler les effectifs des grands prédateurs, notamment lorsque ces derniers causent d'importants dommages aux animaux de rente.

La commission n'a pas voulu faire le pas d'admettre la nécessité d'autoriser des tirs de régulation de ces mêmes grands prédateurs lorsque ceux-ci causent des pertes substantielles pour les chasseurs. En effet - on peut partager cette opinion -, autoriser le tir de prédateurs protégés pour préserver un maximum de gibier pour le chasseur est éthiquement plus que discutable - et même pour un chasseur, c'est discutable -, mais c'est mal comprendre la portée des propositions émises par les différents auteurs de motions au sujet de la chasse.

Je m'explique. Tout d'abord un peu d'histoire: le 26 mai 1875, le Conseil fédéral dressait un bilan alarmant de la situation en Suisse en matière de faune sauvage. Dès le début du XXe siècle, en Valais, et ailleurs en Suisse, les chasseurs ont été les premiers acteurs conscients de la raréfaction de certaines espèces: les bouquetins, cerfs et chevreuils avaient disparu du territoire cantonal et national et l'effectif des chamois était réduit à sa portion congrue. Aussi, les chasseurs ont-ils influé de manière significative sur toute l'évolution des bases légales en matière de chasse, apportant au gré des décennies des adaptations favorables à la protection et à l'exploitation durable des espèces sauvages.

En Valais, ce sont les sociétés locales de chasseurs, appelées Dianas, qui ont été les premières à s'investir dans la réintroduction d'espèces disparues, faisant passer progressivement le rôle du chasseur de simple cueilleur à celui de gestionnaire. Ainsi, les bouquetins ont été réintroduits par les chasseurs - avec l'accord des autorités - dès 1928, et ils sont plus de 5000 aujourd'hui. Pour les chevreuils, ce fut en 1907, aussi par les chasseurs, et ils sont près de 4500 aujourd'hui en Valais. Quant aux cerfs, leur réintroduction date de 1926, et ils sont plus de 5000 aujourd'hui. Toutes ces réintroductions ont nécessité un travail considérable de suivi et de gestion durant de nombreuses années et il se poursuit aujourd'hui encore.

D'autre part, les sociétés de chasse ont favorisé la mise en place de réserves pour la faune. Ainsi, la création des premiers districts francs cantonaux, au cours du XIXe siècle, a constitué le fondement de la conservation des espèces. Au cours du XXe siècle, le nombre de districts francs a été considérablement augmenté pour couvrir près du tiers de la surface du Valais. Nombreuses sont les espèces de la faune valaisanne, qu'il s'agisse du gibier ou non, à en être directement les bénéficiaires.

Je parle ici de faits et non de propagande. Le canton du Valais, comme la Suisse d'ailleurs, doit être fier de la diversité et de la santé de sa faune sauvage. Et le Valais, comme la Suisse, sait qu'il le doit à ses autorités, bien sûr, mais également à l'engagement des sociétés de chasse. Ainsi, si la régulation des grands prédateurs est nécessaire aussi en regard des dégâts parfois trop importants causés à la faune sauvage, ce n'est pas pour garantir aux chasseurs du gibier en abondance, mais bien afin de répondre au souci partagé par les chasseurs de façon à conserver une faune sauvage équilibrée et saine.

D'ailleurs, comme l'a rappelé Monsieur Imoberdorf, c'est consciente de cette réalité que la Conférence des directeurs cantonaux de la chasse est convaincue que la possibilité doit être donnée aux cantons, à certaines conditions, d'autoriser certains tirs de régulation non seulement en cas de [PAGE 293] pertes d'animaux de rente, mais également en cas de baisse continue des populations de gibier due aux grands prédateurs. Comme les cantons le précisent, il ne s'agit ici ni d'une question économique ni d'un droit de prédation, mais bien plus pour les cantons de pouvoir tout simplement gérer la chasse de façon pratique et politiquement défendable en vue d'un équilibre naturel de la faune, les prédateurs faisant partie de cette faune.

Bien que la commission prétende que l'article 4 de l'ordonnance sur la chasse en vigueur permette de régler ce problème, il me paraît assez contradictoire et paradoxal que certaines espèces animales soient totalement absentes de zones extrêmement étendues de notre territoire, notamment le chevreuil dans le Pays-d'Enhaut et dans d'autres régions du canton de Vaud, tout simplement parce que nous n'avons pas la maîtrise des grands prédateurs. Et si cet article 4 avait permis de maîtriser cette situation, je pense qu'on le saurait.

Il faut également garder à l'esprit le fait que cette régulation est nécessaire non seulement pour le maintien des populations de cerfs, de bouquetins et de chevreuils - ce que l'on entend régulièrement -, mais aussi et peut-être surtout pour tous les oiseaux, beaucoup plus rares encore que ces animaux et même beaucoup plus rares que les prédateurs, qui nichent au sol dans nos contrées.

C'est la raison pour laquelle je vous enjoins de bien vouloir adopter la proposition de la minorité. Je vous demande aussi de tenir compte de la volonté de l'ensemble des cantons suisses en la matière et d'approuver le principe de réguler l'effectif des grands prédateurs lorsque également les espèces dont la chasse est autorisée sont mises en danger à cause de la prédation ou de leurs effectifs trop élevés.