Hêche Claude · Ständerat · 2011-06-08
Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2011-06-08
Wortprotokoll
Au préalable, j'aimerais naturellement remercier la commission pour l'examen complémentaire qu'elle a mené.
Selon moi, la question que l'on doit se poser est la suivante: jusqu'à quand va-t-on sacrifier les gens sur l'autel de la course à la productivité? Il faut donc empoigner le dossier par le bon bout - à savoir les conditions de production, la traçabilité, également bien sûr l'aspect lié à la santé publique - et ne pas attendre un éventuel remède miracle.
Les fraises suisses sont enfin arrivées sur les étalages des magasins, mais qui osera prétendre ne pas avoir déjà consommé de fraises en attendant l'arrivée de la production locale? Nous sommes nombreux à faire des théories à ce sujet tout en dérogeant à la règle sous le coup d'une envie subite. Il faut dire que la façon dont les produits sont proposés n'encourage pas la consommation des produits de saison suisses.
Le prix, tout d'abord, est inévitablement discriminatoire pour les produits helvétiques. On a beau savoir que les tomates de l'hiver ou les fraises du mois d'avril ne sont pas aussi innocentes qu'il y paraît, on oublie assez vite les conditions sociales dans lesquelles elles ont été cueillies pour ne voir que leur aspect final.
Pour réellement montrer notre attachement à une production respectueuse des conditions de travail de la main-d'oeuvre et respectueuse du consommateur, il faut plus que de belles paroles. Il faut limiter autant que possible nos engagements internationaux en la matière, limiter l'impact de ces fruits et légumes produits dans des conditions - il faut le dire très clairement - honteuses.
Refuser l'entrée de ces produits sur notre territoire ne serait pas possible. Par contre, rendre ces fraises ou ces tomates aussi peu fréquentables que possible, c'est faisable, en étiquetant ces produits de manière plus précise. Il faut parfois des recherches minutieuses - et je dirai même qu'il faut regarder à la loupe - pour trouver leur provenance sur les emballages. Ainsi, la traçabilité est donc nettement insuffisante.
Or, si l'on sait que les cueilleurs ont parfois travaillé quatorze heures par jour pour un salaire - si on peut appeler ça un salaire - pouvant descendre jusqu'à 20 euros par jour, qu'ils logent dans des endroits insalubres et que les pesticides utilisés sont dangereux et pulvérisés sans protection, tout cela [PAGE 504] donne un goût relativement amer aux fraises en question. Mais le consommateur reste attiré par les prix hautement concurrentiels de ces produits et il est légitimement rebuté par les prix parfois trop élevés des productions locales.
J'en suis toutefois convaincu, un consommateur mieux informé sur les conditions exactes de production de certains fruits et légumes serait beaucoup plus critique dans son choix, dans sa consommation. Aussi je me demande s'il ne serait pas possible d'interdire l'entrée de ces denrées alimentaires sur notre territoire en adaptant la législation fédérale pour permettre un meilleur contrôle du taux de concentration en pesticides des denrées alimentaires importées.
D'ailleurs, les consommateurs suisses savent que les conditions sont plus strictes ici, même si - je crois qu'il faut aussi avoir l'honnêteté de le dire - chez nous tout n'est pas encore parfait, notamment en matière salariale et sociale. Ils ne comprennent dès lors pas que l'on soit consciemment beaucoup plus tolérant avec les produits venus de pays lointains. Il n'y a aucun intérêt à soutenir les conditions misérables dans lesquelles ces fruits et légumes sont produits. A l'heure des aliments bio et équitables, il est tout à fait possible de s'approvisionner de manière décente et éthique, sans exploiter outrageusement des travailleurs. Pour la plupart des consommateurs, la conviction sur le fond est acquise. Ils manquent juste la plupart du temps d'informations et d'une certaine pression politique.
Ne sommes-nous pas en plein paradoxe? En délocalisant à l'étranger des pratiques jugées inadmissibles dans notre pays, on met en danger nos producteurs locaux qui, eux, dans leur grande majorité, respectent des normes sociales et environnementales. Et cela pour une stratégie de qualité qui est ensuite concurrencée par des importations de pays qui ne sont pas en mesure de faire respecter des conditions-cadres dignes de ce nom. Ce n'est donc pas aux consommateurs de porter l'ensemble de cette responsabilité. A nous donc aujourd'hui de donner un signal clair, en demandant notamment que la Confédération s'engage plus fortement en faveur de meilleures conditions et de normes sociales et environnementales, dans le cadre des négociations internationales et, je le répète, en mettant la pression sur les autorités des pays concernés.
Je vous invite donc à soutenir ces initiatives.