Bugnon André · Nationalrat · 2001-06-05
Bugnon André · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2001-06-05
Wortprotokoll
Je tiens tout d'abord à remercier le Conseil fédéral pour sa réponse à mon interpellation, où les questions étaient liées évidemment à l'objet dont on vient de discuter. Juste un mot sur la discussion de tout à l'heure. Je comprends M. Dupraz quand il dit que si l'on veut mettre des conditions complémentaires aux accords internationaux, il faut qu'elles soient identiques dans tous les pays avec lesquels on a des accords internationaux. Cela, je le comprends tout à fait, mais on ne peut pas ignorer non plus, tant dans le cadre de la discussion des accords de l'OMC que dans le cadre des discussions sur des accords bilatéraux, les conséquences qu'ont ces accords sur les populations. Et il faudra bien une fois qu'on entre dans une vision ou une démarche qui ne soit pas seulement à caractère économique, mais qui ait également une sensibilité sur la question du rapport à l'environnement et aux conditions sociales.
Monsieur le Conseiller fédéral, je connais le Mexique, j'y ai des amis, je connais le Chiapas et je parle l'espagnol. Lorsque vous avez dit tout à l'heure que l'on défendait les paysans mexicains et que cela leur serait favorable, vous avez raison pour une bonne partie d'entre eux. Il se trouve qu'il y a deux types de paysans au Mexique: il y a des paysans qui possèdent 3000 hectares - j'en connais un à Tuxtla Gutierrez - et il y a les Campesinos, indiens pour la plupart, qui ne possèdent qu'un jardin, et ceux-là ne profiteront pas beaucoup de l'accord qu'on vient d'accepter.
Je reviens à mon interpellation qui est liée à un souci que je porte pour la paysannerie suisse. Le monde agricole est conscient de l'intérêt pour notre économie en général de la nécessité de trouver de nouveaux débouchés pour notre industrie d'exportation, débouchés qui sont souvent tenus par la signature de nouveaux accords commerciaux internationaux. Toutefois, il se trouve que la plupart des pays émergeant avec lesquels de tels accords sont signés n'ont souvent pour monnaie d'échange que des produits agricoles, l'agriculture étant encore actuellement leur principale ressource économique. S'il est donc normal que ces pays cherchent à améliorer l'exportation de leur production agricole indigène, il se trouve que les conséquences de ces exportations sont lourdes à supporter pour les producteurs d'autres pays contractant l'accord, à savoir la Suisse pour ce qui nous concerne.
En effet, dans notre pays, les producteurs de denrées alimentaires ne peuvent pas faire face sur le plan du prix à des produits venant de pays dans lesquels les conditions financières de production sont incomparables. Il ne suffit pas de dire que nos paysans n'ont qu'à restructurer leur exploitation pour pouvoir s'adapter à une telle concurrence. Chacun ici sait que cela est tout simplement impossible. Si, en ce qui concerne le Mexique, le genre de produits importés concernés par l'accord ne vient pas directement concurrencer nos productions indigènes, il n'en reste pas moins que la valeur nutritionnelle de ceux-ci prend la place d'une autre. De plus, en ajoutant accord après accord de nouvelles importations venant concurrencer la production indigène, nous pouvons raisonnablement nous poser la question de ce qui restera à produire par l'agriculture suisse au bout du compte, dans quelques années.
C'est pour aborder une nouvelle fois cette question de fond que j'ai déposé cette interpellation. Je demande au Conseil fédéral de tenir compte des effets de chaque nouvel accord signé pour la paysannerie indigène et d'adapter le suivi du dossier de la politique agricole en conséquence pour ces prochaines années.