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Polla Barbara · Nationalrat · 2001-06-08

Polla Barbara · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2001-06-08

Wortprotokoll

Il m'appartient donc de clore ce débat dans lequel, à quelques exceptions près, nous sommes tous d'accord, non seulement les partis bourgeois - contrairement à ce que nous écrit le GSsA dans son petit billet bleu de ce matin - mais même une grande partie du Parti socialiste.

En examinant l'initiative populaire "pour une politique de sécurité crédible et une Suisse sans armée", on hésite de [PAGE 633] prime abord entre le plaisir et l'agacement. Plaisir tout d'abord parce que c'est magnifique de vouloir réduire les injustices, supprimer les conflits, promouvoir la démocratie, les droits de l'homme, la gestion non violente des conflits, l'égalité des chances et des relations équitables entre tous. Bien sûr, c'est utopique; mais la politique a aussi besoin d'utopie.

Mais l'agacement prime. Agacement tout d'abord parce que l'échec est programmé; la perte d'argent et de temps l'est aussi. C'est agaçant de voir que pour promouvoir la suppression des injustices et l'avènement de l'équité, on nous inflige une initiative qui n'a strictement rien à voir avec les buts proposés; on se demande d'ailleurs comment l'unité de matière a été retenue. Non seulement c'est une initiative qui n'a rien à voir avec les buts proposés, mais c'est la ènième initiative qui va dans ce sens; c'est le café froid de Mme Fetz. C'est presque à nous donner envie de déposer une initiative pour interdire le harcèlement des citoyens à coups d'initiatives identiques, redéposées dès qu'elles sont rejetées.

Echec programmé, car faut-il le rappeler, les Suisses veulent une armée digne de ce nom, c'est-à-dire une armée efficace capable de se défendre elle-même et capable de les défendre. Ils l'ont dit, ils l'ont redit, ils vont le répéter ce dimanche. Est-ce vraiment travailler pour la démocratie que de déposer une nouvelle initiative après toutes les initiatives similaires et rejetées, rappelées par mes préopinants?

Les Suisses veulent une armée, une armée moderne et bien équipée. Personnellement, d'ailleurs, je la voudrais plutôt mieux équipée, surtout en matériel de pointe et en capacité d'utilisation et de contrôle des nouvelles technologies de l'information dans les domaines militaire et politique. Ce n'est pas en proposant de supprimer l'armée pour éliminer les injustices que l'on va faire changer d'avis les citoyens suisses.

Regardons ce qui se passe autour de nous. Dans les pays où la population oscille entre 5 et 10 millions d'habitants - l'Autriche, la Belgique, le Danemark, la Suède -, tous ces pays travaillent à rendre leur armée plus efficace et plus moderne. Le Danemark a augmenté les effectifs de ses forces armées en 1989 et 1999. La Suède, pays neutre comme nous, peut faire état d'une défense militaire efficace conjuguée à un engagement très actif dans les missions de promotion de la paix et un équipement qualitativement excellent.

Voilà des pays différents, modernes, européens, qui de gauche, qui de droite, qui tous s'engagent pour la paix et qui tous ont une armée. Rien autour de nous sur quoi nous puissions prendre exemple pour aller dans le sens de la suppression de l'armée. D'ailleurs, s'il suffisait de supprimer l'armée pour atteindre les objectifs des initiants, cela se saurait.

Mais existe-t-il quelque part un modèle pour le GSsA? Si oui, pourquoi n'en parle-t-il pas? Car ce modèle existe bel et bien: un petit pays, un peu plus petit que la Suisse, mais que ses habitants dénomment volontiers la Suisse de l'Amérique centrale. Le Costa Rica n'a plus d'armée depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Résultat: rien de catastrophique, certes; le Costa Rica existe toujours; c'est un pays démocratique et il n'a pas été envahi par les pays voisins. A-t-il servi d'exemple pour un désarmement plus actif? Mais non! La plupart d'entre nous ignorent même que le Costa Rica n'a pas d'armée. Il n'y aucune raison objective de penser qu'il n'en aille pas exactement de même pour la Suisse.

Par contre, le Costa Rica a perdu la position de leadership de l'Amérique centrale, à laquelle il tenait. L'équité n'est pas atteinte. Les injustices n'ont pas été supprimées. Le Costa Rica n'a plus été en mesure, par exemple, d'aider efficacement ses voisins lors des récentes catastrophes naturelles qui les ont touchés. Il a beaucoup de difficulté à s'engager pour la paix. Certains observateurs estiment même que les dysfonctionnements du système policier et de la justice costariciens ne sont pas sans rapport avec l'absence de l'armée.

En plus, les problèmes d'équité entre les sexes sont particulièrement aigus dans ce pays très patriarcal. Ce qui montre aussi que la suppression de l'armée ne va en rien dans le sens d'une plus grande égalité des sexes. Bien au contraire, c'est probablement plus l'engagement des femmes dans l'armée, aux côtés des hommes, qui saurait viser cet objectif-là, témoin l'exemple d'Israël. Voilà probablement pourquoi le GSsA ne parle même pas du seul exemple auquel il pourrait se référer.

Finalement, j'aimerais encore souligner que notre armée non seulement peut contribuer à la paix dans notre pays et autour de lui, qu'elle contribue à la structure et au fonctionnement même du pays, qu'elle sait intervenir en cas de catastrophe naturelle, mais aussi qu'elle est, justement, un facteur de diminution des inégalités. Car par le système de milice qui est le nôtre, l'armée offre en effet un terrain très intéressant de redistribution des chances devant une carrière militaire, un facteur que les initiants devraient au contraire valoriser au vu de leurs objectifs qui, je le répète, sont magnifiques. Cependant, pour atteindre ces objectifs le moyen proposé est tellement inadéquat que l'on en vient à douter de la réalité de ces mêmes objectifs.

Je vous remercie donc de bien vouloir rejeter cette initiative, comme toutes les autres qui l'ont précédée et toutes celles qui suivront probablement encore, notamment celle dont nous menace M. Schwaab, celle-là ce sera vraiment le café glacé.

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