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Schmied Walter · Nationalrat · 2001-06-12

Schmied Walter · Nationalrat · Bern · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2001-06-12

Wortprotokoll

Mes propos s'adressent au président de la Confédération, et je suis heureux de la possibilité qui nous est offerte chaque année de commenter au sein du Parlement le rapport de gestion du Conseil fédéral. Ce débat fait partie intégrante de la culture politique de notre pays, et il clôt la discussion sur le bilan d'activité de l'exercice 2000. En tournant ainsi la page, nous avons pour mission de relever ce qui a bien fonctionné au cours de l'année écoulée, mais aussi d'être un tant soit peu autocritique et tenter de reconnaître suffisamment tôt les petites failles menaçant parfois de fissurer l'édifice confédéral. Nous sommes appelés, lors de cet exercice, à admettre l'un ou l'autre dysfonctionnement éventuel.

Je tiens donc à relever d'abord le mérite des auteurs du rapport, à savoir le collège que forme le Conseil fédéral, pour leur perspicacité, et je tiens à les remercier ainsi que tous les acteurs qui oeuvrent au sein de l'administration. Cela étant dit, j'en viens directement aux questions qui me tiennent à coeur; elles se limitent d'ailleurs au Département fédéral de l'intérieur, cela pour les raisons qui relèvent de l'organisation du débat.

Je prends d'abord acte d'un malaise certain qui se dessine au sein de la population. Comprenez-moi bien, Monsieur le Président de la Confédération, je ne parle pas du malaise de la population à l'égard du Conseil fédéral, ni même à l'égard de sa politique, ou encore de la nôtre. Je tiens à relever ici un malaise parfois profond ressenti par bon nombre de personnes à l'égard de la société, et dont le nombre semble malheureusement être en augmentation.

Or, la société ne doit pas être interprétée ici au sens abstrait du terme. Elle est constituée d'hommes et de femmes, de sorte que ceux qui s'y sentent mal à l'aise se sentent exclus de leurs semblables. Il y a d'abord les plus pauvres d'entre [PAGE 677] nous, ceux qui malgré tous les efforts consentis n'arrivent pas à vivre décemment. Ils tentent parfois de se cacher derrière le rideau de l'anonymat. Ensuite, il y a ceux qui n'ont pas de liens familiaux ou qui les ont perdus. Ce sont eux qui errent sans but au soir du 25 décembre, lorsque les bougies s'allument dans les chaumières. Puis ceux qui sont accablés par le poids de l'âge et qui se sentent eux aussi rejetés, superflus aux yeux de la société.

Mais surtout il y a ces jeunes, généralement sains d'esprit, devant lesquels toutes les portes s'ouvrent sans difficulté, et qui reconnaissent en majorité les multiples chances qui s'offrent à eux. Et pourtant, ils m'interpellent tout autant. Comment se fait-il, paradoxalement, que la Suisse, pays riche et généreux, spécialement vis-à-vis de la jeunesse, possède sauf erreur le plus impressionnant taux de suicide des jeunes, et cela comparé à l'échelle mondiale? Monsieur le Président de la Confédération, et peut-être que je m'adresse aussi un peu au fils de pasteur que vous êtes, je vous invite à réfléchir ensemble à cette question centrale, car la réponse absolue me fait défaut.

J'avais tenté de lancer le débat en déposant une motion (94.3467), transformée en postulat en 1994 déjà. Elle demandait de lancer un projet d'étude scientifique concernant la thérapie et la prise en charge des personnes souffrant de problèmes liés à l'alcool et aux drogues. Ces recherches devaient concerner aussi bien les approches médicale, psychologique que sociale. Force est de constater que le postulat est resté lettre morte et qu'il a été classé entre-temps sans avoir porté ses fruits. Mais en répondant à cette question, nous saurons peut-être pourquoi tant de jeunes cherchent le salut dans la fuite en avant et dans la drogue. J'ai la conviction que les drogués sont des personnes et qu'au fond de leur désespoir, elles le resteront toujours. Je suis aussi tenté de vous demander où en est une autre motion (97.3515), transformée en postulat en 1999. Ce dernier demandait d'introduire à l'échelle suisse un numéro de téléphone à trois chiffres gratuit, permettant à chaque drogué de demander conseil en cas de besoin. Je crois savoir que ce postulat aussi est resté lettre morte à son tour, pour l'instant du moins.

Mais il est une chose essentielle que j'attends aujourd'hui du Conseil fédéral lorsqu'il tente de dépénaliser la consommation des drogues dites douces, c'est que l'on change radicalement le discours officiel de prévention. En clair, je crois qu'une dépénalisation de la drogue nécessite implicitement une révolution de la pensée chez ceux qui sont en charge d'assurer la prévention. L'on ne peut pas orienter la prévention contre la drogue sur le principe d'une campagne antisida qui vise la tolérance. L'on ne peut continuer de banaliser la consommation de la drogue en affirmant béatement que la majorité des drogués s'en sortent par eux-mêmes - et là, je me réfère à la campagne qui a précédé l'initiative populaire "Jeunesse sans drogue". Il s'agit en fait d'admettre le danger de la drogue et d'inscrire cette dernière publiquement sur la liste rouge des produits de consommation proscrits par la société. Ce changement de discours doit impérativement être pris en compte par les personnes responsables des futures campagnes de prévention. Le fait de vouloir dépénaliser la consommation des drogues douces, sans avertir clairement les jeunes du danger qu'ils encourent, nous conduirait à un désastre social certain. Ce changement de discours doit intervenir dès à présent, et ce indépendamment de la question centrale qui est celle de savoir si, réellement, nous allons libéraliser ou non la consommation des drogues dites douces. Sur ce point aussi je souhaite, Monsieur le Président de la Confédération, que vous puissiez vous rallier à ma réflexion.