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Maury Pasquier Liliane · Ständerat · 2012-06-14

Maury Pasquier Liliane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-06-14

Wortprotokoll

L'avenir de notre pays, je pense que personne ne le conteste, passe en grande partie par la seule matière première que nous possédons, à savoir la matière grise. La Suisse peut se prévaloir de posséder un système de recherche et de formation extrêmement performant à tous les niveaux. Bon nombre d'avancées technologiques ou médicales sont nées dans nos universités ou nos écoles polytechniques fédérales. L'introduction des hautes écoles spécialisées a en outre permis de créer des passerelles entre des domaines et des compétences parfois éloignés. Le haut niveau de la recherche au sein des institutions publiques non seulement permet d'offrir des formations de qualité, mais fonctionne également comme moteur de l'innovation.

Ces trois domaines étant particulièrement interdépendants, nos politiques publiques, qu'elles soient fédérale ou cantonales, doivent faire preuve de la plus grande cohérence possible. L'encouragement à la formation, à la recherche et à l'innovation est primordial pour les individus, pour le tissu économique comme pour l'ensemble de la société et nous nous devons d'être à la hauteur de ces enjeux et de répondre au plus près aux besoins de ces différentes branches.

Il me semble que la cohérence de notre action pourrait cependant être mise à mal par un financement progressif sur quatre ans tel que le propose le Conseil fédéral, c'est-à-dire un investissement moindre les deux premières années, compensé en théorie les deux années suivantes. En effet, malgré les engagements oraux et moraux, rien ne peut nous garantir que les promesses seront tenues: le Parlement peut en tout temps revenir en arrière en cours de programme et diminuer les montants lors des deux dernières années sous prétexte de déficits structurels. Si une promesse est une dette, rien n'empêche d'y faire défaut. Dans ces conditions, l'investissement moyen sur quatre ans serait moins ambitieux qu'initialement. Investir de manière irrégulière compromettrait de plus surtout la poursuite des programmes de recherche en cours ou à venir, ainsi que la qualité de la formation proposée.

Vous me permettrez, à cet égard, d'utiliser l'exemple de l'université du canton que je représente, l'Université de Genève. En effet, pour cette université, un ralentissement du soutien fédéral, couplé à une diminution simultanée du financement cantonal - que je combats aussi par ailleurs -, et ceci alors même que le nombre d'étudiantes et d'étudiants ne cesse de croître, ne permettrait pas à cette institution de garder le niveau d'excellence qu'elle a acquis au fil des années. Ceci serait d'autant plus vrai si les investissements du Fonds national suisse, qui représentaient l'an dernier 11 pour cent de son budget, devaient également baisser durant les deux [PAGE 600] prochaines années. La conjugaison de toutes ces coupes compromettrait de nombreux postes, une coupure de 3 millions de francs représentant en effet 30 postes d'assistantes et d'assistants, et la relève scientifique et l'encadrement des 16 000 étudiantes et étudiants seraient dans ces conditions compromis.

Mis à part le cas de mon canton, la recherche et la formation ont besoin de connaître le montant des fonds qui seront disponibles à moyen terme et de manière constante, par souci de planification. Empêcher la poursuite d'un programme, c'est perdre en efficacité, en compétence, et précariser le statut des chercheuses et des chercheurs. Rien n'est plus inutile que d'arroser une plante desséchée. Irriguons plutôt de manière régulière la recherche et la formation qui font notre richesse, au lieu de compter sur la prochaine grosse averse qui pourrait s'avérer n'être d'ailleurs qu'une petite pluie fine. Ainsi en va-t-il des générations à venir comme d'une plante qui ne peut se développer, produire des feuilles, des fleurs, des fruits que si elle bénéficie des conditions nécessaires à sa croissance. C'est bel et bien l'avenir de notre pays qui est en jeu.

Je suis donc favorable à la position de la majorité de la commission qui souhaite une croissance équilibrée, régulière sur quatre ans - le fameux lissage - pour éviter le phénomène du "stop and go" néfaste aux domaines que nous souhaitons encourager. Il ne s'agit pas d'ignorer des éléments financiers portés à notre connaissance, mais bel et bien de définir un certain nombre de priorités. Pour moi, j'estime que l'encouragement de la formation et de la recherche en fait clairement partie en ce qu'il constitue un véritable investissement pour l'avenir de notre pays.

Nous avons entendu dans cette salle un certain nombre de personnes s'auto-attribuer le label d'"amis de la formation". Eh bien, je nous invite tous et toutes à passer des paroles aux actes et à montrer un réel soutien à ce qui constitue une des priorités de notre pays.