Recordon Luc · Ständerat · 2013-03-05
Recordon Luc · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2013-03-05
Wortprotokoll
Je me suis abstenu de tout commentaire sur l'entrée en matière puisqu'elle est acquise de plein droit. En revanche, je serais heureux qu'on explique pourquoi il faut recommander de voter oui à cette initiative.
On a entendu non seulement maintes interventions marquées par l'émotion, parfois par l'exagération, mais aussi quelques propos assez objectifs. Je crois qu'il faut remonter à la racine de cette question. L'obligation de servir n'est pas une obligation en soi, ce n'est pas une sorte de nécessité fondatrice de notre Etat. Bien sûr, elle a des vertus éducatives ou civiques - cela a été rappelé, notamment par Monsieur Jenny, qui a touché juste lorsqu'il a dit à quel point on pouvait souhaiter une obligation plus générale et que sans le volontariat notre société ne pourrait pas fonctionner. Néanmoins, il faut le dire, notre armée se trompe dans ses missions - elle ne se trompe pas, nous la trompons, soyons honnêtes. Nous déployons l'armée de grand-papa; nous [PAGE 30] nous battons en vue d'une guerre qui est la guerre d'avant-hier et non pas en fonction des véritables défis du jour. Si nous nous concentrions sur les véritables question que sont pour nous, essentiellement, la lutte contre les catastrophes ou leurs conséquences, la défense de nos installations sensibles contre des attaques qu'on appelle aujourd'hui asymétriques, en particulier sous les différentes formes de cyberattaques, la police du ciel - il en sera question tout à l'heure sous un autre angle -, et non plus sur les questions désormais vaines d'attaques territoriales, de guerres du ciel, alors nous constaterions que l'armée que nous prévoyons n'est pas la bonne armée et qu'elle n'a pas besoin d'obligation de servir.
Je crois que quelqu'un aussi peu suspect d'antimilitarisme que le capitaine Pierre Maudet a livré un essai intéressant pour tenter de décrire l'armée dont nous avions besoin. Et ce sont quelques dizaines de milliers de soldats, très vraisemblablement, et non pas les 80 000 ou 100 000 dont il a toujours été question et contre lesquels je me suis déjà élevé, dont nous devrions doter notre armée. Or il n'est pas imaginable, pour former un effectif d'une petite dizaine de milliers de soldats, d'astreindre toute une classe d'âge au service militaire obligatoire. C'est peut-être dommage sous certains angles, mais c'est ainsi.
Je rappelle que l'astreinte au service militaire obligatoire est une exception à l'interdiction des travaux forcés. D'après les normes de l'Organisation internationale du travail, obliger quelqu'un à faire un travail, c'est contraire à la dignité humaine et ce n'est que lorsque le risque est extrêmement grave et important qu'on peut le faire. Alors c'est imaginable pour une armée lorsque la défense et la survie d'un pays est en jeu, mais ce n'est en revanche pas possible lorsque le risque est devenu si ténu et que, par ailleurs, l'engagement est devenu si technique que seule une petite fraction de la population pourrait être astreinte. C'est dans ces circonstances-là que notre obligation de servir a perdu son sens. Il ne faut pas dire que c'est une atteinte à notre pays, à notre armée en tant qu'essence, une volonté de démantèlement. Il est possible que certains des initiants aient des arrière-pensées, mais ceux qui, dans cette assemblée, défendent l'initiative le font en pensant qu'ils défendent mieux que leurs adversaires les intérêts de la patrie, c'est-à-dire la terre de leurs pères - et mères d'ailleurs.
J'aimerais vous inviter, dans un esprit patriotique, à adopter cette initiative.