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Sommaruga Carlo · Nationalrat · 2012-12-06

Sommaruga Carlo · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-12-06

Wortprotokoll

En 2009, je demandais à cette même tribune du Conseil national, au nom du groupe socialiste, de donner suite aux divers actes de financement du FMI, ainsi qu'à la timide réforme des quotes-parts du FMI. J'évoquais deux éléments principaux à l'appui de cette démarche. D'une part, la décision du Parlement d'accorder 0,5 pour cent du revenu national brut en faveur de l'aide publique au développement, objectif qui est aujourd'hui en phase de mise en oeuvre. D'autre part, je relevais que sous la présidence de Dominique Strauss-Kahn, le FMI avait revu sa politique envers les pays les plus pauvres. Il avait mis en place un fonds fiduciaire auquel nous contribuons. Trois ans plus tard, le regard sur la situation générale et le rôle du FMI est bien différent. Il apparaît que le FMI participe aux politiques d'austérité mises en place dans les pays du sud de l'Europe. Certes, ses positions sont légèrement plus souples que celles de la Banque centrale européenne ou du Conseil de l'Europe. Elles s'inscrivent néanmoins dans la droite ligne des politiques d'austérité appliquées en Grèce, au Portugal, et anticipées notamment en Italie et en Espagne. Or ces mêmes politiques détruisent socialement les pays et créent le chaos social - on l'a entendu ce matin encore à la radio: des "ratonnades" ont maintenant lieu en Grèce.

La croissance a été cassée. Le PIB de ces pays est en chute libre depuis cinq ans. En Grèce, il a régressé de 24 pour cent, soit d'un quart. Ce phénomène conduit à une hausse du chômage et à des coupes dans les prestations sociales et sanitaires. En Grèce, en Allemagne, au Portugal, le chômage chez les jeunes dépasse 50 pour cent. Il touche autrement dit un jeune sur deux. Le chômage global atteint des niveaux historiques: presque 25 pour cent en Grèce, ce qui n'a jamais été aussi élevé. Ces coupes dans les rentes des retraités, des prestations sociales aux familles, sont [PAGE 2048] dramatiques. Cette situation s'observe en Grèce, au Portugal, en Espagne. Cela amène d'ailleurs un certain nombre de personnes au suicide, suicide de désespoir.

Ces politiques d'austérité sont contre-productives, pour la Suisse également. Le ralentissement de l'activité économique qui en résulte en Europe met à mal notre économie d'exportation et fait craindre une récession dans notre pays.

Tous les économistes sensés, comme Joseph Stiglitz et bien d'autres, appellent au contraire le FMI et ses partenaires au sein de la troïka à adopter des politiques orientées vers la croissance. C'est l'enjeu de la proposition de minorité que je défends. Cette minorité demande au Conseil fédéral d'orienter sa politique au sein du FMI vers la croissance, car une croissance durable garantit l'emploi, améliore l'inclusion sociale et assure le développement des infrastructures. Ceci se vérifie en Suisse comme dans les pays européens et ceux du Sud.

Il est juste d'avoir une institution mondiale qui essaie d'assurer la stabilité financière. Cependant, le FMI n'a pas réussi à prévenir la crise et surtout à garantir la croissance avec sa politique actuelle de régularisation, de libéralisation et de privatisation. Il faut donc le réorienter. Chaque pays doit participer à cet effort devenu de plus en plus urgent. Ma minorité demande au Conseil fédéral de contribuer au changement de politique du FMI. Ce changement ne s'apparente pas à une révolution, mais bien à une réorientation.

Des critiques ont été émises sur la formulation de la proposition de la minorité. Elle serait, au dire de certains, trop vague. Nous répondrons à cela que la formulation choisie laisse justement une certaine souplesse au Conseil fédéral pour mettre en oeuvre sa position dans le cadre de la direction du FMI, pour que ce dernier s'oriente vers la croissance. C'est bien connu, quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage. Mais dans le cadre de la navette, qui va avoir lieu probablement si vous votez cette proposition et si ce crédit-cadre n'est pas rejeté, il y aura encore la possibilité naturellement d'améliorer la formulation de ma proposition de minorité.

Je vous invite donc à voter pour la croissance, pour inciter le Conseil fédéral à agir pour la croissance au sein du conseil et de la direction du FMI et donc à accepter ma proposition de minorité.