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Lombardi Filippo · Ständerat · 2012-02-29

Lombardi Filippo · Ständerat · Tessin · Fraktion CVP-EVP · 2012-02-29

Wortprotokoll

Je m'associe aux mots de Monsieur Abate pour vous dire qu'il serait juste que notre conseil reconnaisse un malaise, en adoptant le postulat Comte, et qu'il ne se contente pas de le balayer d'un revers de main comme l'a fait le Conseil fédéral dans sa réponse, à vrai dire franchement synthétique.

Depuis 1999 deux choses ont changé: la première est que la clause cantonale ne figure plus dans la Constitution, qui empêchait la présence au gouvernement de deux conseillers fédéraux du même canton, et la deuxième est que la Suisse italienne - et je dis bien Suisse italienne et non pas le canton du Tessin - n'est plus représentée au Conseil fédéral. Cela fait donc treize ans qu'à chaque élection au Conseil fédéral, ce thème se présente à nouveau: de quelle façon peut être représentée la composante italophone dans l'exécutif fédéral?

La question se pose dans l'opinion publique non seulement en Suisse italienne, mais dans l'ensemble de la Suisse - on l'a vu lors de la dernière élection de façon claire et sensible. Vous remarquerez que je n'ai pas parlé de la "minorité italophone": se poser dans l'optique d'une protection des minorités est déjà d'après moi réducteur. Je parle de la "composante italophone" de la Suisse: il s'agit d'une sensibilité, il s'agit d'une langue, il s'agit d'une culture, il s'agit d'une vision des choses. Il s'agit, chers collègues germanophones, d'une "Weltanschauung" qui est un peu différente, et qui est une composante importante et enrichissante pour le pluralisme de la Confédération, pour la réalité de ce que la Confédération représente comme pays assez unique - un "Sonderfall", pour rester dans le bon allemand - , au niveau international. Ce "Sonderfall", nous le qualifions aussi parce que nous avons cette compréhension de différentes cultures, de différentes visions des choses qu'ont nos principaux pays voisins. Nous avons en commun avec chacun de ces pays voisins une certaine culture.

Ce n'est donc pas un hasard que dans la première moitié du siècle dernier le Parlement et l'Assemblée fédérale aient parfaitement compris la nécessité d'avoir, de façon ininterrompue de 1911 à 1950, un conseiller fédéral de la Suisse italienne qui a pu assurer entre autres un rapport constructif et suffisamment équilibré avec le voisin italien au cours des quarante années assez tourmentées de l'histoire européenne. Et ce n'est peut-être pas un hasard que dans la dernière décennie, n'ayant pas de représentation italophone au sein du Conseil fédéral, les rapports avec ce voisin, qui est quand même notre deuxième partenaire économique, qui [PAGE 55] est quand même un pays d'une importance culturelle et institutionnelle remarquable, se soient détériorés de façon constante!

Ici, nous n'avons rien à décider, nous n'allons pas décider d'une règle hic et nunc qui va imposer cette représentation au Conseil fédéral; mais accepter le postulat Comte signifie uniquement demander au Conseil fédéral de se pencher avec un certain sérieux sur la question, d'y réfléchir et de produire un rapport qui analyse un peu non seulement les conséquences de l'abolition de la clause cantonale - cela regarde tout le monde et pas seulement la représentation de la Suisse italienne -, mais aussi les conséquences et les conditions du manque de représentation de la composante italophone au sein de notre exécutif fédéral.

Nous ne perdons rien à accepter ce postulat. Nous ne préjugeons en rien des conclusions politiques ou institutionnelles. Nous demandons seulement un signal de sensibilité, un acte d'attention vis-à-vis d'une composante importante de notre pays; ce n'est pas trop demander.

Je vous prie d'accepter le postulat Comte.