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Epiney Simon · Ständerat · 2001-06-21

Epiney Simon · Ständerat · Wallis · Christlichdemokratische Fraktion · 2001-06-21

Wortprotokoll

Le constat est amer: en 1986, trois Suisses sur quatre, les 26 cantons et demi-cantons se sont donc prononcés contre l'adhésion de la Suisse à l'ONU. En outre, depuis 1982, toutes les votations fédérales à connotation d'ouverture n'ont pas recueilli l'adhésion du souverain, à l'exception du double oui sur la présence de l'armée à l'étranger, acquis d'ailleurs du bout des lèvres.

De surcroît, au sein de la population, l'ONU reste, à tort ou à raison, perçue comme une institution bureaucratique qui peine à imposer ses vues pacifiques et humanitaires dans le monde. C'est dire qu'à titre personnel, je ne pose pas un regard idéaliste sur cette institution et qu'il ne faut dès lors pas sous-estimer le poids des résistances et de la tradition. Mais seul, on est rarement en bonne compagnie.

Depuis 1986, la donne internationale a changé. Avec l'abandon de la guerre froide, l'éclatement des frontières, les conflits sont devenus de plus en plus locaux et l'ONU arrive beaucoup mieux à se faire respecter, à servir d'interlocuteur entre les parties et même à s'interposer. En plus, elle a acquis au fil des années un statut universel en s'élargissant aux autres nations. Enfin, en tant que lieu d'échange, elle joue véritablement un rôle d'aiguillon dans l'élaboration de nouvelles règles du jeu, en matière économique, en matière de protection des droits des travailleurs, en matière d'égalité entre l'homme et la femme, en matière de protection des enfants, notamment dans le cadre du travail, et bien sûr, de manière générale, en faveur du développement durable, mais pas le développement durable orienté sur la seule protection de l'environnement, mais le développement durable prenant également en compte les activités nécessaires à l'épanouissement de l'homme dans son milieu.

Avec l'accélération des échanges commerciaux et l'expansion des nouvelles techniques de l'information et de la communication, il est illusoire de croire qu'un pays peut, de lui-même, être crédible, seul face aux menaces qui ont changé de visage. De plus en plus, nous expérimentons la difficulté d'être pris au sérieux et nous sommes contraints régulièrement de frapper à la porte de la communauté internationale pour obtenir tantôt un statut d'observateur, tantôt l'octroi d'accords particuliers, faits sur mesure. Mais ce régime de faveur est en bout de course. Comme est en bout de course notre faculté de continuer à faire un parcours du combattant. Nous calquons en effet notre législation sur celle de nos voisins, et quand l'ONU prend des sanctions économiques, nous reprenons à notre compte cette mesure, en dépit de notre attachement à la neutralité au sens strict du terme.

Le temps est dès lors venu de quitter notre statut de saisonniers, dans lequel nous sommes confinés, et de faire le dernier pas. En adhérant, nous n'allons bien sûr pas modifier le déroulement de l'histoire ou le cours des événements, mais nous serons en mesure d'apporter notre expérience originale à faire vivre ensemble des différences, ces différences qui sont à la base de la plupart des conflits interethniques qui apparaissent un peu partout et dont l'ONU se préoccupe, comme elle se soucie d'ailleurs d'autres fléaux tels que la montée des nationalismes, la migration clandestine, la criminalité organisée, les catastrophes naturelles ou la dissémination des armes nucléaires, chimiques ou bactériologiques.

De surcroît, la Suisse a tout à gagner. Elle consolide le siège européen de l'ONU, qui est en Suisse, siège par ailleurs convoité par d'autres pays. Elle bénéficie d'un accès à une tribune où se traitent dorénavant tous les grands problèmes économiques, et on sait que c'est l'industrie d'exportation qui fait la richesse de ce pays. Enfin, elle tient une occasion, qu'on peut dire historique, de se profiler de manière beaucoup plus positive sur la scène internationale.

C'est tout l'enjeu de ce défi que nous ne pourrons relever que si le Conseil fédéral donne à la déclaration de neutralité une véritable consistance et si, nous toutes et nous tous, nous allons nous engager avec conviction, avec force arguments, pour la défense de ce projet qui est un projet pour la Suisse de demain.