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Hêche Claude · Ständerat · 2013-09-24

Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2013-09-24

Wortprotokoll

Travailler à cent pour cent et ne pas réussir à boucler les fins de mois, n'est-ce pas une aberration dans un pays comme le nôtre? Ici, où le travail est érigé en valeur essentielle, ne pas offrir un minimum de stabilité financière à une personne, à une famille, est à mes yeux indigne. On peut avoir des difficultés à s'entendre sur la meilleure manière d'améliorer les choses, mais la nature du problème est indéniable. Et si le partenariat social est une autre valeur indispensable et indiscutable de notre pays, il faut savoir mettre des priorités lorsque cela est nécessaire.

Les chiffres sont là, le porte-parole de la minorité l'a rappelé: 430 000 personnes, dont 300 000 femmes, touchent aujourd'hui un revenu qui ne leur permet pas de tourner. A terme, elles sont vouées à la précarité et au soutien de l'aide sociale malgré leur emploi. Et ces personnes ne sont pas forcément des situations personnelles à risque. Que pensez-vous de la situation de cet homme de soixante ans qui travaille dans une usine depuis quarante ans et qui gagne 3700 francs nets par mois? De plus, ce sont aussi 260 000 enfants qui vivent dans la pauvreté et pour nombre d'entre eux alors que leurs parents ont un travail à plein temps.

Vivre décemment de son travail, ce n'est pas un luxe. L'Etat devrait donc pouvoir, à l'aide de mesures appropriées, encourager la conclusion de conventions collectives de travail prévoyant des salaires minimaux et, là où ce n'est pas possible, imposer un salaire minimal.

Je suis bien évidemment pour un partenariat social fort. Les échanges et le respect mutuel entre syndicats et organisations patronales sont des piliers de notre marché du travail. Il doit faire partie de nos priorités. Or, force est de constater que trop d'entreprises font le choix de ne pas jouer le jeu du partenariat social. Dans ce contexte, la législation fédérale ne joue pas son rôle de garde-fou. Une entreprise qui ne signe pas de convention collective peut-elle payer ses employés comme bon lui semble, même si cela signifie des salaires qui ne permettent pas aux employés de vivre. Il n'est donc plus justifiable de tolérer cette injustice en restant les bras croisés. Il faut imposer des limites à la loi du marché. Il s'agit tout simplement de concurrence déloyale pour les entreprises conventionnées. La concurrence doit notamment se faire sur la qualité du travail ou sur l'innovation, en aucun cas sur le dos des employés.

Soutenir cette initiative est aussi une manière de valoriser toutes les entreprises socialement responsables, tout en donnant un instrument à l'Etat et aux partenaires sociaux pour sanctionner les entreprises qui ne jouent pas le jeu. Aujourd'hui, c'est donc l'Etat, et les contribuables par voie de conséquence, qui compensent le manque à gagner. Ne serait-ce pas plutôt à certaines entreprises, et non uniquement [PAGE 866] aux collectivités publiques, d'assumer un peu plus cette responsabilité?

Je relève également au passage que certains de ceux qui sont opposés au salaire minimal mettent régulièrement en cause les prestations ou le soutien des collectivités aux personnes dans la difficulté. Cherchez la cohérence du message!

Face à une législation actuelle lacunaire, je recommanderai le soutien à cette initiative, car ce n'est pas tolérable de travailler à plein temps et de ne pas pouvoir en vivre. Le peuple jurassien l'a compris puisque, par 55 pour cent de oui, il a accepté en mars 2013 une initiative similaire.