Recordon Luc · Ständerat · 2014-03-05
Recordon Luc · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2014-03-05
Wortprotokoll
Dans cette affaire lancinante, je crois qu'il y a vraiment une incompréhension malheureusement croissante entre le département et les habitants de la région du Nord vaudois, en particulier de Vugelles-La Mothe. Il faut savoir qu'encore aujourd'hui, malgré de nombreux efforts déployés de tous côtés depuis des années y compris - je le reconnais volontiers - par le chef de l'armée, nous en sommes arrivés à une situation qui reste insupportable pour les habitants de ce village. Il faut comprendre qu'ils habitent dans le creux d'une vallée, que d'un côté de cette vallée il y a les soldats qui tirent et, de l'autre côté, à flanc de montagne, il y a les cibles. On tire en quelque sorte par-dessus leurs têtes. Cela fait un bruit infernal en particulier en été, [PAGE 49] malgré les tentatives de limiter les heures de tir, qui s'étendent pourtant jusqu'à très tard. Il y a des enfants qui doivent dormir, des personnes qui souhaitent profiter un minimum de la vie en plein air. De manière générale, ces personnes sont excédées, exaspérées, parfois à bout de nerfs.
Dans ce contexte, je ne peux vraiment pas me déclarer satisfait de l'ordre des priorités choisi par le Conseil fédéral au moment où il s'agit de fermer un certain nombre de places militaires. En effet, on met au premier plan - ce que je peux encore comprendre -, les besoins immobiliers de l'armée. Mais on ne met visiblement qu'en priorité très basse la limitation des nuisances dont souffrent les gens, en particulier dans le cas que je viens d'évoquer, alors que l'on fait valoir la proximité entre les casernes et les lieux d'instruction. On préfère épargner à nos soldats quelques kilomètres entre le lieu de casernement et le lieu d'exercice en plein air plutôt que de saisir l'occasion rêvée de régler un problème de nuisances. C'est vraiment une manière de fixer les priorités qui est particulièrement choquante.
Dans le cas dont on s'occupe ici, il serait beaucoup plus logique de garder la place de tir du lac Noir, que personne ne conteste - je suis allé même poser la question aux organisations environnementales -, et de supprimer celle de Vugelles-La Mothe. Bien sûr le parcours entre la caserne de Chamblon et celle de Vugelles-La Mothe est beaucoup plus court qu'entre Chamblon et le lac Noir, mais à l'aune des valeurs qui sont en jeu, c'est tout à fait secondaire.
Je crois qu'au département, on a aussi été un peu obsédé par la volonté de trouver un accord avec le Département fédéral de justice et police permettant de transformer la caserne de Moudon en centre de requérants d'asile, mais, franchement, il s'agit là d'une très mauvaise idée. Si vous installez quelque 500 requérants d'asile dans une localité comme Moudon qui compte moins de 5000 habitants, ce sont 10 pour cent de personnes en plus, et cela a un effet. Vous allez vraiment vers une situation civilement très difficile à gérer. Donc, cet argument additionnel évoqué par le département est faux.
En conclusion, je vous prie, Monsieur le conseiller fédéral, de bien réfléchir - évidemment à l'issue de la procédure de consultation -, à ce qu'il convient de faire. Le canton de Vaud, qui est le plus directement concerné, s'est mis à faire part de son inquiétude également au sujet de la solution envisagée. Bien sûr, nous verrons tout cela à l'issue de la procédure de consultation.