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Mugny Patrice · Nationalrat · 2001-10-04

Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2001-10-04

Wortprotokoll

J'ai entendu certains vouloir diluer les responsabilités. Eh bien, non, je ne crois pas que tout le monde est responsable. Je ne crois pas que les employés au sol, à Genève-Cointrin, par exemple, ou à Kloten, sont responsables de la situation actuelle, eux qui croyaient faire quasiment partie d'une famille.

En fait, c'est bien l'histoire d'une clique de dirigeants économiques et politiques mégalomanes, qui passent leur temps à donner des leçons à tout le monde et qui se révèlent, au mieux, d'une incompétence crasse, au pire, d'un cynisme monumental. Ces gens-là ont des noms. Par exemple, quelques-uns figurent dans "L'Hebdo" d'aujourd'hui et, tout à l'heure, Mme Genner en a énuméré un certain nombre. Mais ces dirigeants économiques et politiques s'en tireront certainement une fois de plus sans douleur, alors que des milliers de petites mains qui bossent depuis des années pour des salaires annuels équivalant aux salaires mensuels de [PAGE 1421] certains de ces dirigeants, se retrouveront au chômage. On parle de 2000 à 3000 emplois, mais il faut être clair, ça sera peut-être 20 000 à 30 000 emplois qui vont passer ainsi à l'as. Et l'on ne donnera pas à chacun, comme cela a été fait avec M. Eric Honegger, qui était président du conseil d'administration de Swissair jusqu'en avril dernier, un parachute de 500 000 francs. Les grandes banques, dont on a eu un aperçu de leur sens du bien commun ces derniers jours, font évidemment partie de cette clique.

C'est au fond l'histoire d'une bande d'escrocs. Alors, je ne sais pas si, pénalement, ils seront reconnus comme escrocs, encore que je l'espère; je pense qu'ils devraient en tout cas être déférés devant un tribunal. Mais dans tous les cas, ce sont des escrocs au sens économique, politique et moral. Et ce sont les mêmes gens qui trouvent toujours que l'Etat coûte trop cher. Eh bien, cet Etat, tout à coup, on l'appelle au secours, pas seulement pour les lignes, mais c'est aussi l'Etat qui va payer le chômage - ce chômage qui est toujours remis en cause, dont on remet en cause le financement -, ce sont éventuellement les assurances sociales, ce sont aussi les caisses-maladie, pour les gens qui, peut-être, tomberont malades suite à l'humiliation et au profond mépris qu'ils ont subis.

J'aimerais bien effectivement qu'on les voie, ces responsables, qu'on regarde leur mode de vie et que l'on prenne peut-être sur leur fortune personnelle, qu'on les mette face à leurs responsabilités, économiques et financières. Je souligne, en passant, que c'est évidemment une histoire qui n'est pas exclusivement helvétique, même si elle représente là ce qu'on appelle une certaine forme de la qualité suisse. Je signale en passant, que "Présence suisse" aura peut-être besoin d'un budget supplémentaire pour réparer une image de notre pays sacrément détériorée, ces derniers temps, à l'étranger! Mais, comme je le disais, nous n'avons pas l'exclusivité de ce genre de label, de ce genre de catastrophe. Dans la plupart des pays qui défendent avec acharnement ce modèle libéral, les gouvernements sont venus au secours de leurs compagnies aériennes exsangues d'une concurrence complètement débile depuis des années, pour offrir des voyages à 500 francs à l'autre bout du monde.

Nous ne vivons pas seulement la faillite d'une entreprise, mais la faillite totale d'une conception de l'économie et des affaires. Mais cela n'empêchera pas tous ces bons apôtres de ce type d'économie de poursuivre leur croisade démentielle pour promouvoir une manière de faire qui produit de tels résultats.

Je n'espère pas ici parvenir à convaincre d'autres élus que celles et ceux qui ont déjà pris conscience de cette situation. Mais si la population, si les citoyens pouvaient enfin réaliser ce que défendent vraiment la majorité des dirigeants de ce pays, peut-être seraient-ils plus nombreux à demander des comptes, à exiger que ces gens-là payent pour leur arrogance. Je le répète, je pense que les gens qui ont littéralement tué Swissair devraient être déférés devant un tribunal. Mais je le sais, et vous le savez, la plupart de ces barons de la finance et de l'économie trouveront sans peine à se recaser. D'ailleurs, on peut déjà programmer de prochains désastres et se dire qu'il y aura d'autres débats de ce genre: ce sera peut-être Expo.02, ce sera peut-être Swisscom. Sortez les mouchoirs et les milliards!

Il n'y a pas aujourd'hui de décision à prendre. Les Verts tiennent toutefois à rappeler qu'ils ne souhaitaient pas que la Confédération intervienne pour renflouer Swissair et permettre ensuite aux actionnaires d'en tirer profit. En revanche, ils auraient soutenu une proposition d'investir dans Crossair, parce qu'on a cette situation étrange où la Confédération met 450 millions de francs pour maintenir des lignes et permettre à des gens de voler encore, mais où ce sont les banques qui ont acheté les 260 millions de francs d'actions Crossair, et, le cours de ces actions montant, les banques font déjà quasiment du bénéfice. C'est quand même un petit peu particulier! Nous considérons très clairement que les banques se comportent comme des voyous!

J'espère que la pression sera suffisamment forte pour qu'il y ait au moins un plan social payé, lui, par les banques et les employeurs. Mais au cas où cela ne se passerait pas, ce qui est fort probable, les Verts soutiendront en tout cas un plan social et un plan de reconversion pour le personnel de Swissair. Ils sont évidemment prêts - ils ont d'ailleurs cosigné une intervention demandant une session spéciale - éventuellement à débattre largement l'idée d'une lex Swissair qui, je pense, devrait être plus large que la question de Swissair, qui devrait englober ce genre de rapport entre l'Etat et les grandes entreprises.