Polla Barbara · Nationalrat · 2001-10-04
Polla Barbara · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2001-10-04
Wortprotokoll
Le groupe libéral souhaite en premier lieu remercier M. Villiger, conseiller fédéral, de son engagement et de la peine qu'il a prise à essayer de trouver une solution acceptable pour sortir notre pays de la catastrophe nationale Swissair. Merci à vous, donc, et aux conseillers fédéraux qui, avec vous, ont voté les indispensables crédits dont Swissair avait besoin. Merci aussi de votre disponibilité et de votre patience. Nous avons entendu ce que vous avez dit au Conseil des Etats, et de nous réécouter ici fait vraiment preuve d'une grande disponibilité.
Nous regrettons évidemment que la solution trouvée ne soit pas intervenue quelques heures plus tôt, mais comme M. Villiger, conseiller fédéral, le disait hier soir, tout le monde a été pris de court devant l'ampleur du désastre et la rapidité de l'évolution des choses. On ne cherche pas à sauver, même momentanément, une machine avec 17 milliards de francs de découvert, sans prendre des risques importants. Il est évidemment très tentant, maintenant, de rejeter la responsabilité sur les banques. Elles ont, par l'intermédiaire de leurs représentants au conseil d'administration de Swissair, pour le moins participé au désastre et, surtout, mardi, elles n'ont pas réalisé, ou n'ont pas voulu réaliser qu'un pays entier, ses entreprises, ses créanciers, son économie, son tourisme, ses politiciens et surtout ses petits actionnaires, ses travailleurs, ses voyageurs, en un mot ses citoyens, y compris d'ailleurs les 120 000 employés de leurs propres entreprises, "attendaient sur eux", comme on dit.
Les banques ont pris des responsabilités de banques, mais elles n'ont pas assumé les responsabilités civiques qui en découlaient en l'occurrence, responsabilités civiques qui vont avec notre magnifique croix blanche. Et c'est vraiment tentant, ce sera quasi irrésistible, pour certains du moins, de dire: "Vous voyez bien, puisque les ténors de notre économie et de notre place financière sont des incapables, remettons entre les mains de l'Etat le sort des entreprises. Tout le monde s'en portera beaucoup mieux."
Mais les libéraux ne partagent pas ce point de vue. Ils restent persuadés que les mondes économique et politique doivent évoluer en parallèle, sans prise de pouvoir de l'un sur l'autre, et surtout qu'ils doivent communiquer ouvertement et efficacement. Or, dans toute cette affaire, la communication a fait défaut à tous les niveaux. Et lorsque le dialogue n'a pas lieu, c'est toujours l'affaire des deux partenaires. Entretenir dans la population le mépris des banquiers n'est désormais pas plus constructif que de dire: "Ce n'est pas moi, c'est lui."
Mais en fait, le groupe libéral n'est pas trop intéressé à la distribution des mauvaises notes ni à la récupération politique. Il est bien plus intéressé par les solutions. Chacune des parties y aura contribué et devra encore y contribuer; les banques lundi, en proposant une opération de sauvetage longue, difficile, risquée et coûteuse, mais peut-être possible; le Conseil fédéral hier, en assurant la transition; le personnel et les passagers respectivement, par leur engagement et leur patience. Le groupe libéral aimerait donc se montrer optimiste.
A Zoug, l'extraordinaire solidarité confédérale aura contribué à adoucir les profondes blessures des citoyens. Espérons que malgré les couacs énormes, les solutions trouvées hier et surtout celles qui restent à inventer, à trouver et à mettre en place pour l'avenir de la nouvelle compagnie, permettront de résoudre durablement la crise et nous permettent aussi, à nous, de retrouver notre fierté d'être suisses, de regarder nos concitoyens en face demain, lorsque nous quitterons le cocon du Palais fédéral et que nous retournerons sur le terrain, dans nos cantons.
Un mot encore sur les bases légales nécessaires à la contribution financière de la Confédération, sur lesquelles le Conseil fédéral a beaucoup insisté. Car il n'y a pas que l'article 102 de la loi fédérale sur l'aviation, il y a aussi l'actuel article 185 de la constitution qui a permis - autrefois, en tant qu'article 102 -, je cite, "en vue de parer à des troubles existants ou imminents menaçant gravement l'ordre public" (art. 185 al. 3 nouv. cst.), de conduire des actions exceptionnelles tels la libération des prisonniers palestiniens demandée à Zarka, le refus de l'asile à Papon ou le blocage des comptes de Marcos. Et demain, plus encore qu'hier, nous voulons que notre gouvernement prenne les mesures d'urgence lorsqu'elles s'imposent et qu'il n'ait plus jamais besoin de laisser s'installer le chaos pour justifier ses actions.
Quant aux milliers de collaborateurs qui vont perdre leur emploi, j'aimerais d'abord insister, et là je m'adresse tout particulièrement à Mme Ménétrey-Savary, que c'est pour eux avant tout, et non pas pour des machines et des gros sous, que nous avons demandé l'urgence de ce débat. Heureusement, il paraît possible, M. Villiger, conseiller fédéral, l'a dit tout à l'heure devant le Conseil des Etats, qu'ils retrouveront ce qu'ils cherchent sur le marché du travail suisse qui, comme nous le savons tous, est en ce moment particulièrement asséché, que c'en est une bénédiction! [PAGE 1413]
Deux souhaits encore: premièrement, que le Conseil fédéral reconnaisse que, dans ce domaine comme dans d'autres, notre position par rapport à l'Union européenne est intenable et qu'il redéfinisse rapidement les moyens qu'il entend déployer pour faire ratifier les accords bilatéraux; deuxièmement, qu'il reconnaisse enfin, comme cela est demandé notamment par le Syndicat des services publics, que la navigation aérienne relève de l'intérêt public: un service au public réalisé par des compagnies privées. Vous l'aurez bien compris: il ne s'agit en aucun cas pour nous, groupe libéral, de faire de Swissair une régie publique, mais d'affirmer la responsabilité du Conseil fédéral et la nôtre dans le développement harmonieux des conditions-cadres du transport des personnes, y compris dans les airs.