de Buman Dominique · Nationalrat · 2014-03-20
de Buman Dominique · Nationalrat · Freiburg · Fraktion CVP-EVP · 2014-03-20
Wortprotokoll
Le groupe PDC/PEV ne pourra en tout cas pas être accusé de populisme pour avoir proposé des mesures farfelues afin de mettre en oeuvre l'initiative de l'UDC "contre l'immigration de masse" que le peuple a acceptée du bout des lèvres le 9 février dernier. La tâche dévolue au Conseil fédéral est en effet délicate, en raison de la lourde contradiction interne que présente le texte de l'initiative: si on limite l'immigration de manière sensible, les dégâts sur les secteurs de l'économie en pleine expansion seront alors inévitablement sensibles; si par contre, on privilégie les besoins économiques, comme le dit l'initiative, alors le but de limitation de l'immigration ne sera pas atteint.
Jusqu'à il y a quelques jours, l'UDC s'est terrée dans un silence d'irresponsabilité pour ne pas avoir à assumer devant le peuple les conséquences de sa machine de guerre. Puis, au début de cette semaine, notre collègue Christoph Blocher s'est exprimé à titre personnel pour exiger une stricte application d'une politique de contingents et remettre en cause les accords bilatéraux. Dans le débat de ce matin et dans les mois à venir, l'UDC est sommée de dire clairement si elle appuie cette politique de démantèlement de la prospérité de notre pays. Je suis sûr en effet que le peuple ne serait pas d'accord avec un tel objectif.
Le groupe PDC/PEV tient pour sa part à être tout à fait transparent. Nous nous battrons pour sauver les Bilatérales, parce qu'elles sont favorables à la Suisse, et nous dénoncerons fermement toute opération de la terre brûlée lancée par l'UDC, dont l'objectif serait le mécontentement populaire puis son exploitation à des fins nationalistes.
L'économie suisse est un tout cohérent, composé de différents secteurs qui ont tous leur raison d'être et qui contribuent au bien-être du pays. Il n'est donc pas question, dans la mise en oeuvre de cette initiative, de dresser les branches les unes contre les autres, d'opposer une région à l'autre ou de promouvoir n'importe quel autre manichéisme. Il est inconcevable de vouloir privilégier seulement les domaines à haute valeur ajoutée, témoignant ainsi d'un mépris pour certaines activités pourtant indispensables au bon fonctionnement du pays. Notre groupe combattra toute mise en péril de secteurs vitaux, tels que la santé, l'agriculture ou le tourisme.
Un risque plane sur le débat qui va s'instaurer ces prochains mois entre élus de toutes sortes: celui de ne traiter la mise en oeuvre de cette initiative que sous un angle purement technique, juridique, politique ou diplomatique, alors que ce sont des problèmes de la vie quotidienne des gens qui sont à la base de l'acceptation de l'initiative contre l'immigration de masse. La sous-enchère salariale, notamment dans les régions aux frontières, la criminalité non réprimée parce qu'on manque de prisons et les prévenus qu'on relâche après quelques heures de détention préventive, des criminels, le manque de logements abordables, l'accès trop facile à certaines assurances sociales parce que le tissu législatif le veut ainsi, ou encore le manque de personnel indigène qualifié dans des domaines tels que le génie civil, la médecine ou l'informatique, sont autant de facteurs qui ont alimenté le mécontentement populaire et fait basculer l'opinion hésitante en faveur de l'initiative. Et je ne saurais passer sous silence les problèmes endurés par le Tessin, qui doivent aussi nous interpeller, au nom de notre responsabilité envers la cohésion nationale. Il est essentiel de se soucier des réalités vécues sur le terrain et d'y apporter des solutions, en partie en concertation avec les cantons et les communes, afin de restaurer le capital de confiance et de satisfaction du peuple vis-à-vis de ses élus.
Si rien n'est entrepris dans cette direction, si les forces politiques de notre pays ne s'entendent pas sur un certain nombre d'objectifs à atteindre, alors la série de résultats de votations populaires dévastateurs continuera avec son cortège de défis délicats à relever et d'énergies perdues.