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Burkhalter Didier · Bundesrat · 2014-11-26

Burkhalter Didier · Bundesrat · Neuenburg · 2014-11-26

Wortprotokoll

Une fois de plus, je vous remercie de ce nouveau et très important débat. Ce qui se passe en Syrie et en Irak est tout simplement terrible et affreux. Tous les jours, on se demande si on agit correctement, on se pose la question de ce qu'on doit faire exactement, dans quel cadre et avec quels moyens.

Je prends acte de vos différentes remarques que nous partageons, certes pas totalement, mais en grande partie.

Je pense qu'il y a trois grands axes à aborder. Premièrement, comment se positionne-t-on en termes de condamnation des violations des droits de l'homme? On peut le faire par communiqué de presse. C'est ce qui se fait assez régulièrement. Cela commence à me lasser un peu parce que je trouve que cela n'amène pas grand-chose. On condamne - c'est important, mais cela ne suffit clairement pas, car que se passe-t-il après un communiqué?

Le Conseil des droits de l'homme est beaucoup plus utile parce qu'il permet véritablement de porter des résolutions - c'est ce qu'on a fait, on les a "cosponsorisées" - et de mettre l'accent sur les pires violations, qui doivent absolument être condamnées par toute la communauté internationale.

La conférence qui s'est tenue à Berlin le 28 octobre dernier est essentielle. Vous auriez peut-être voulu qu'on l'axe davantage sur la question de la liberté de religion. On y viendra. Fondamentalement, ce qui s'est fait à Berlin est très concret. Cela consiste à se révolter contre la situation, à assurer non seulement les personnes, les victimes de notre volonté d'agir, mais aussi les pays proches qui assument tout le poids de cette catastrophe, aux abords immédiats de la Syrie. Quand on prend un pays comme le Liban, qui compte environ 4,5 millions d'habitants, et qui a maintenant à peu près 1,5 million de réfugiés, c'est terrible! C'est à peu près comme si 2 millions de réfugiés arrivaient en Suisse! Or, le Liban a assumé cette situation. Il était très important que le président de la Confédération participe à cette conférence - il n'y a pas eu beaucoup de pays représentés par leur président - et affirme clairement son intention d'aider ces pays.

C'est là que se situent les problèmes. Il ne faut pas être naïf: je ne suis pas sûr que la Suisse actuelle soit prête à ouvrir grandes ses portes à tous les réfugiés, même si nous approchons de Noël; soyons réalistes. Il faut commencer par faire ce qui est faisable, et le plus utile est d'aider les pays qui sont proches des régions en crise. C'est ce que nous faisons et nous sommes allés le dire très clairement.

Cela m'amène au point suivant, celui des moyens. On peut condamner, mais il faut donner les moyens pour éviter qu'en dehors de cette condamnation, rien ne se passe. Vous trouvez qu'on n'en donne pas assez. Nous en sommes à plus de 100 millions de francs pour la Syrie en trois ans. On peut dire que ce n'est pas grand-chose, mais allez dire cela à la population suisse, ou imaginez l'avoir dit dans le débat sur l'aide au développement qui s'est tenu hier au Conseil national, qui s'est heureusement conclu sur une décision tout à fait positive et conforme aux souhaits du Conseil fédéral. Je relève cependant que ce débat était particulier. Si on imagine que la Suisse peut se contenter d'aide humanitaire et que cela s'arrête à la Syrie, on fait erreur. De la Syrie, les problèmes débordent sur le Liban, sur la Jordanie, sur la Turquie et sur l'Egypte. Le Liban et la Jordanie en particulier ont besoin d'autre chose que d'aide humanitaire. Ils doivent développer des écoles, des structures de santé. Face à 1,5 million de réfugiés qui affluent, et même si les familles sur place les ont reçus dans leurs propres maisons, il faut régler des problèmes qui relèvent de l'aide au développement. Pas plus tard qu'hier, au Conseil national, le débat était de savoir si on voulait supprimer les augmentations prévues pour l'aide au développement. Si on est cohérent et qu'on veut agir véritablement, il faut accepter que les actes impliquent les moyens. Je suis content de voir que certaines [PAGE 1051] interventions allant dans ce sens trouvent des majorités, mais il ne s'agit pas seulement d'aide humanitaire. Il ne faut pas qu'on se retrouve dans une situation où on est d'accord de faire de l'aide humanitaire mais où on ne veut plus faire d'aide au développement. Cela peut être assez dangereux.

Voilà pour les moyens. Je crois que nous nous donnons les moyens d'agir et nous en avons d'ailleurs demandé encore davantage dans le cadre des suppléments au budget. Nous pouvons toujours faire plus, mais je pense que nous en faisons déjà beaucoup. Il y a 105 millions de francs, plus 20 millions de francs pour la Syrie et des moyens supplémentaires pour l'Irak; de cette somme, une moitié environ concerne la Syrie directement et l'autre le soutien aux pays proches. Je pense que cette politique est juste, nous allons la poursuivre et l'intensifier en aidant en particulier ces autres pays.

En ce qui concerne les critères d'admission, il s'agit ici de l'admission de personnes sur des bases humanitaires au sujet desquelles la Suisse a toujours été claire: nous ne faisons pas pas de différence en fonction de l'ethnie, de l'appartenance religieuse ou de l'appartenance politique. En revanche, je pense que vous avez raison sur un point; on ne met pas assez en avant tout ce que nous faisons pour soutenir les minorités religieuses. Nous suivons un principe que l'on pourrait qualifier de neutre en la matière, principe voulant que pour admettre des personnes sur le territoire, il faut qu'un problème de persécution pèse sur elles et qu'il n'est pas possible de retenir simplement le critère religieux comme critère d'admission. C'est le besoin de protection de la part de groupes particulièrement vulnérables - notamment les enfants et les femmes - et non leur appartenance religieuse qui fait foi. On ne décide pas en Suisse, en tout cas pas jusqu'à présent, de faire venir des personnes uniquement parce qu'elles sont de telle ou telle religion. Je comprends parfaitement que les choses affreuses qui se passent puissent choquer, mais ce principe est important et il montre que ce qui nous motive fondamentalement, pour en revenir à la culture, c'est l'accueil de personnes dans le besoin et pas autre chose. C'est ainsi que nous devons continuer de procéder. En revanche, que l'on en fasse plus et surtout que l'on explique mieux ce que l'on fait est important, et nous devons le faire dans le rapport sur la politique de sécurité. Il convient de mentionner l'ensemble du soutien accordé par la Suisse aux minorités religieuses dans le monde ainsi que les efforts faits pour tenter précisément de réduire les situations de détresse que l'on connaît actuellement. Peut-être que je deviens trop réaliste avec les années, mais je crois que nous devons être conscients que nous vivons une période particulière. Ce qui arrive actuellement dépasse l'entendement, avec une évolution d'une rapidité et d'une violence absolument incroyables sur des zones énormes - et ce n'est pas fini, nous ne savons pas du tout ce qui va encore se passer. Par conséquent, même avec la meilleure volonté du monde et tout l'engagement possible qui, je vous l'assure, existent au Conseil fédéral comme dans toute l'administration et les services concernés, nous ne pourrons que contribuer à réduire les problèmes; mais nous ne pouvons le faire qu'avec le soutien de la communauté internationale et sans dresser les groupes de populations les uns contre les autres. C'est pour cela qu'il faut maintenir le principe de neutralité pour l'aide humanitaire.