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AB 170608

Schwaab Jean Christophe · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-03-18

Wortprotokoll

Il y a deux types de réponses à la surévaluation du franc. Il y a premièrement celle d'une troïka en déliquescence, celle d'une alliance dite bourgeoise qui part en ordre dispersé avec un programme de dérégulation qui n'a rien à voir avec le franc suisse. Un programme de dérégulation qui n'a aucun impact sur les difficultés actuelles de nos entreprises. J'en veux pour preuve le mutisme du président du Parti libéral-radical à la très bonne question que lui posait tout à l'heure Monsieur Giezendanner. Ce programme de dérégulation repose sur une base purement idéologique, qui nuirait à bon nombre des éléments qui font la qualité suisse, qui nuirait au service public, à notre système judiciaire, à la sécurité du droit par l'adhésion à des accords de libre-échange douteux. Ce programme nuirait à la compétitivité future de notre économie en retardant ou en empêchant la nécessaire transition énergétique, ce programme nuirait au respect du mandat constitutionnel qui vise à réaliser l'égalité entre les femmes et les hommes, ce programme nuirait à la protection des travailleurs et à la protection des salaires, par exemple en supprimant les conventions collectives de travail déclarées de force obligatoire ou les mesures de protection de la santé, en imposant une baisse généralisée des conditions de travail dans les zones frontières ou en favorisant la sous-enchère salariale par la suppression totale ou partielle des mesures d'accompagnement. Ces mesures sont inutiles, car elles n'ont aucun impact sur la politique monétaire. Mais elles ne sont pas qu'inutiles, elles sont également dangereuses, car elles reviendraient à se couper une jambe pour ensuite pouvoir mettre un emplâtre sur une jambe de bois.

Le groupe socialiste combattra avec énergie les plans de dérégulation. J'en suis persuadé: nous obtiendrons devant le peuple les mêmes victoires que celles que nous aurions obtenues sans la pression du franc fort, qui, dans bien des cas, n'est qu'un prétexte pour faire passer des idées folles d'un inventaire à la Prévert ultralibéral, vouées à l'échec tant dans les urnes que dans les faits.

La seconde manière de répondre à la surévaluation du franc est celle du groupe socialiste. Notre conviction est qu'à un problème de politique monétaire, il faut répondre par des mesures de politique monétaire. La première mesure la plus évidente est le taux plancher, dont l'abandon a été internationalement critiqué par des économistes de tous bords. En effet, le taux plancher permet de garantir que les prix de nos entreprises ne soient pas surfaits; il permet d'éviter de perdre des parts de marché; il permet d'éviter des restructurations et des pertes d'emplois; il permet d'éviter la déflation et les problèmes sociaux; il permet de prévoir à long terme la politique des prix des entreprises; surtout, il s'inscrit parfaitement dans la tradition helvétique de la politique monétaire.

Monsieur Matter a dit que le taux plancher était un événement unique et isolé. C'est totalement faux! Depuis l'abandon du système de Bretton Woods, notre Banque nationale a toujours maintenu, en faits ou de manière déclarée, un taux plancher, que ce soit par rapport au deutsche mark ou à l'euro.

Il n'y a pas que le taux plancher, il y a d'autres mesures de politique monétaire: l'amélioration de l'assurance pour couvrir les risques de change, comme l'a évoqué Monsieur [PAGE 472] Pardini; la taxe contre la spéculation sur le franc, comme l'a évoqué Madame Marra; la possibilité de calmer les investissements étrangers dans l'immobilier, comme l'a proposé Madame Badran.

Le Conseil fédéral a répondu à notre interpellation en disant que "la poursuite du mouvement de détente serait souhaitable". Or la poursuite du mouvement de détente n'est pas seulement souhaitable, elle est indispensable. Il n'est pas question d'attendre sans rien faire; il n'est pas non plus question de se réjouir de l'abandon du taux plancher, comme le font certains au sein du groupe UDC; il n'est pas question enfin de se retrancher derrière l'indépendance de la Banque nationale, qui a manqué à son devoir constitutionnel de servir les intérêts généraux du pays, qui a manqué à ses devoirs légaux de veiller à la stabilité des prix - nous risquons la déflation - ou de tenir compte de la conjoncture - nous risquons le retour de la mauvaise conjoncture. L'indépendance, ce n'est pas une banque nationale qui est libérée de toute contrainte, qui est libérée du respect de l'intérêt général!

Pour conclure, je relève que l'indépendance de la Banque nationale tient de plus en plus du mythe. Aujourd'hui, dans les colonnes du "Bund" et du "Tages-Anzeiger", une économiste de renom dit que la plupart des banques centrales ne sont aujourd'hui plus aussi autonomes que tout le monde le pense. Il est donc nécessaire de repenser cette indépendance; il est nécessaire de revenir au taux plancher; il est nécessaire qu'à long terme, la politique monétaire de notre pays veille à la parité du pouvoir d'achat.