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Amarelle Cesla · Nationalrat · 2015-03-04

Amarelle Cesla · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2015-03-04

Wortprotokoll

C'est un fait historique têtu, un constat reconnu depuis les sociétés les plus primitives: quand une société se sent en insécurité, quand ses valeurs sont ébranlées, la sexualité des enfants et leur éducation devient porteuse de fortes polémiques; et le repli autour de ces questions devient obsessionnel. Il faut quand même s'interroger sur tous ces adultes qui sont obsédés aujourd'hui par les potentielles transgressions sexuelles des enfants. Et il faut croire que nous sommes aujourd'hui en Suisse très ébranlés, et très peu sécurisés, puisque nous sommes aussi victimes de ces névroses collectives. En effet, après l'initiative "pour que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants" en 2014, l'initiative "pour l'imprescriptibilité des actes de pornographie enfantine" en 2008, une fois de plus notre Parlement doit traiter une initiative réactionnaire, attentatoire aux droits fondamentaux, en particulier ceux des enfants, et contre-productive, puisqu'on a beau chercher: on ne trouve pas la moindre utilité sociale à ce texte, une initiative dont le titre est absolument mensonger.

Du point de vue sanitaire, tous les pédiatres qui ont eu affaire aux questions d'enfants abusés vous diront que l'éducation sexuelle et même la prévention sont déjà trop tardives à neuf ans. Bien des pédiatres vous expliqueront qu'il est totalement faux d'opposer la prévention des abus sexuels à l'éducation sexuelle, parce que la prévention des abus fait partie intégrante de l'éducation; la prévention efficace contre les abus et contre les violences comprend forcément comme prérequis les questions touchant au corps, à l'intime, à l'estime de soi, à l'assurance face au corps, aux relations et aux émotions. Logiquement, ces questions doivent être comprises dans un programme d'éducation sexuelle. Un enfant doit apprendre à verbaliser les problèmes liés à l'intime; il doit savoir nommer les différentes parties de son corps et pouvoir classer les comportements auxquels il est exposé. Je dirais même que cette initiative est incestueuse: qui va expliquer à un enfant victime d'inceste que les comportements dont il est victime sont justement incestueux?

En cherchant à maintenir un tabou autour de la sexualité, institutionnalisé par le biais de l'école, en interdisant toute éducation avant neuf ans, et en la rendant facultative après neuf ans, on empiète sur le droit des enfants à l'information et à l'éducation, et on aggrave l'inégalité des chances face au bon développement du corps des enfants. Dans un monde où la sexualité est omniprésente; où les enfants sont confrontés à de nouvelles problématiques concernant les relations entre filles et garçons; où ils sont confrontés à des violences, à la pornographie, aux préjugés sexistes et homophobes; où ils font l'objet de toutes les pressions, de toutes les injonctions; où les filles en particulier sont de plus en plus soumises à calquer leur comportement sur celui des adultes; l'école se doit de remplir sa mission d'information et d'éducation, et doit assurer à chaque élève la connaissance suffisante concernant la façon de se défendre et de se protéger.

Une éducation sexuelle assurée uniquement et de manière informelle par les parents est non seulement aléatoire mais aussi inadéquate par rapport à ce monde où la sexualité est omniprésente. Les parents, dont je fais partie, sont aujourd'hui dépassés pour préparer leurs enfants à toutes ces pressions.

Pour toutes ces raisons, je vous invite à recommander le rejet de cette initiative.