Chevalley Isabelle · Nationalrat · 2014-12-08
Chevalley Isabelle · Nationalrat · Waadt · Grünliberale Fraktion · 2014-12-08
Wortprotokoll
Cette stratégie énergétique n'aura aucun sens si on ne fixe pas des règles claires à la prolongation de la durée de vie de nos centrales nucléaires. Exiger une sécurité maximum est quand même le minimum que l'on puisse faire en tant que responsables politiques.
On nous dit que les investissements nécessaires pour la sécurité des centrales nucléaires ne pourront pas être amortis dans un délai de 10 ans, et que dès lors les centrales devront fermer. Mais je ne vois pas pourquoi l'industrie nucléaire serait soumise à un autre régime que les autres industries. La question de l'amortissement est posée à chaque patron d'industrie lorsqu'il doit décider s'il change une pièce d'une machine ou s'il doit tout repenser. Même les automobilistes se posent régulièrement la question lorsque leur voiture à un gros problème: est-ce je la répare ou non? Alors pourquoi pas l'industrie nucléaire?
L'industrie nucléaire réclame des indemnités si elle était amenée à fermer ses centrales de manière prématurée, selon son analyse, car elle n'aurait pas pu amortir ses investissements. Mais soyons clair, aucun industriel ni aucun automobiliste ne se voit octroyer des indemnités si un mauvais choix a été fait. Imaginez, votre voiture ne passe pas le contrôle technique et pourtant vous recevez une indemnité pour cela! Ce n'est pas sérieux!
Un des grands dangers des centrales est le coeur du réacteur, et ce dernier ne pourra pas être changé. On n'a jamais vu personne transformer une deux-chevaux en Toyota Prius.
Si les investissements nécessaires à garantir la sécurité à notre population deviennent trop élevés, eh bien qu'ils arrêtent leurs vieilles centrales atomiques. Ces centrales ont été construites au départ pour tenir 30 à 40 ans; la durée de vie moyenne des centrales nucléaires arrêtées à ce jour à travers le monde est de moins de 30 ans. Nos vieilles centrales ont 45 ans, 43 ans et 42 ans; on ne peut pas vraiment dire qu'elles seraient arrêtées de manière prématurée si on devait les mettre hors service.
L'entreprise Axpo dans une publication récente intitulée "Dialogue énergétique" dit que: "ce simulacre est une manoeuvre indigne de responsables politiques qui se respectent". Chers dirigeants d'Axpo, sachez que ce qui est indigne de responsables de plusieurs réacteurs nucléaires en Suisse comme vous, c'est de ne pas mettre le courant nucléaire à son juste prix et de laisser la facture finale aux générations futures.
Le Contrôle fédéral des finances a montré que les fonds destinés à la gestion de vos déchets hautement toxiques ainsi qu'au démantèlement des centrales nucléaires étaient largement sous-dotés.
Ce qui est indigne, Messieurs les dirigeants d'Axpo, c'est de faire porter le risque d'un accident nucléaire à toute la société suisse car votre assurance-responsabilité civile est ridiculement basse; les conséquences d'un accident nucléaire ne se monteront pas à 2 milliards de francs mais plutôt à 4000 milliards de francs comme l'indique le rapport Katanos publié par l'Office fédéral de la protection civile. Combien d'entreprises comme Cremo, que je connais bien, devront mettre la clé sous la porte car une contamination du lait en Suisse revient à arrêter ses activités? Aucune assurance n'accepte d'assurer le risque nucléaire.
Ce qui est indigne, c'est d'encourager les responsables politiques à ne pas exiger une sécurité maximale pour préserver vos intérêts financiers. En tant que libérale, je ne peux pas accepter que l'on privatise les bénéfices et que l'on étatise les risques.
La sécurité d'approvisionnement de notre pays ne dépend pas de la durée de vie de nos centrales nucléaires mais de la manière dont nous allons mettre en oeuvre le tournant énergétique. Il est certain que si l'on suit l'UDC, c'est mal parti. Mais avec une majorité raisonnable qui soutient la diversification énergétique et les économies, il sera possible d'améliorer la sécurité énergétique de notre pays avec des énergies propres, sûres et fiables. L'UDC est prête à sacrifier notre territoire et toute l'activité qui y est liée, comme celle de nos paysans, pour prolonger de quelques années la durée de vie des centrales vieilles et dangereuses, alors que l'on sait très bien qu'il faudra les arrêter tôt ou tard. Nous n'accepterons pas cela.
Le groupe vert'libéral soutiendra l'initiative des Verts jusqu'à ce qu'il y ait une décision claire sur les conditions de sécurité et l'avenir de nos centrales nucléaires.