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John-Calame Francine · Nationalrat · 2014-12-09

John-Calame Francine · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2014-12-09

Wortprotokoll

Comme vous le savez, l'énergie nucléaire a toujours été contestée par les défenseurs de l'environnement et est à la base du mouvement écologiste et de la création du parti des Verts. C'est dire que nous n'avons jamais douté du bien-fondé de notre lutte antinucléaire, car cette énergie n'est pas sans conséquence sur la santé de la population et sur l'environnement. Faut-il rappeler qu'il n'y a toujours pas de solution pour le stockage des déchets et que ce sont aux générations futures qu'incombera la gestion de ces stocks? Et que dire des effets sur la santé des populations vivant à proximité des centrales, puisque tous les résultats des études indépendantes menées jusqu'à présent confirment des atteintes à la santé dues aux différents éléments radioactifs?

C'est justement sous l'angle de la santé et en faveur du principe de précaution que je vais développer mon argumentation, afin de vous encourager à recommander l'acceptation de notre initiative.

L'étude Kikk, publiée fin 2007, avait observé une augmentation de la fréquence des leucémies chez les enfants de moins de 5 ans vivant à proximité des 21 centrales nucléaires allemandes. Suite à la publication de ces résultats, qui ont ému la population suisse comme européenne, d'autres études ont été menées afin de voir si ces résultats se confirmaient sur d'autres sites de différents pays.

Ainsi celles menées en France par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire et par Ian Fairlie, expert en chimie nucléaire vivant à Londres, arrivent au même résultat. Ces différentes études observent en effet un nombre excessif de cas de leucémie infantile dans la zone située autour des sites nucléaires, mais relèvent qu'il apparaît dans toutes les tranches d'âge considérées. Ian Fairlie va même plus loin puisqu'il préconise que les femmes enceintes devraient éviter de résider aux abords des centrales nucléaires, comme il [PAGE 2248] l'a exposé très clairement lors du congrès mondial qui s'est tenu à Bâle au mois d'août.

Récemment, une plate-forme européenne a été créée afin d'approfondir les recherches sur les causes des leucémies infantiles et autres dommages à la santé que pourrait causer le tritium radioactif dégagé par toutes les centrales nucléaires. Selon l'explication de cet éminent expert, les atomes de tritium arrivent à traverser les parois ainsi que les enceintes d'acier et de béton. Ces atomes sont relâchés dans l'eau par les centrales lorsqu'elles fonctionnent normalement. Les émissions augmentent en outre considérablement pendant les travaux de maintenance et de remplacement des combustibles. Alors que le rayonnement normal de l'air est de 5 becquerel par litre, il monte à plusieurs millions de becquerel par litre lorsqu'on ouvre le couvercle d'un réacteur. Le tritium radioactif forme alors des molécules d'eau radioactives qui peuvent se retrouver dans l'air, les boissons et la nourriture, et qui, finalement, s'incorporent dans les cellules du corps et endommagent notre ADN.

Les craintes formulées par la population résidant à proximité des centrales s'expriment clairement en faveur de davantage de transparence et d'objectivité concernant les risques que les centrales font peser sur la santé de ces personnes. Elles ont droit à des réponses claires et fiables des collectivités publiques, car leurs soucis sont légitimes.

Par contre, en cas de fortes doses d'irradiation, la relation de cause à effet entre l'exposition aux rayonnements ionisants et, à long terme, le développement de cancers est déjà clairement et parfaitement établie. En effet, les enquêtes épidémiologiques menées sur les survivants d'Hiroshima et Nagasaki, puis après l'accident de Tchernobyl sur ceux d'Ukraine et de Biélorussie et, enfin, sur les cohortes de travailleurs des mines d'uranium montrent clairement une augmentation du risque de cancer pour ces populations exposées. Parmi les cancers induits par l'irradiation, le cancer de la thyroïde est le plus connu et le plus étudié, du fait de la sensibilité aux radiations de la glande thyroïde particulièrement grande chez les enfants et les adolescents.

Certes, nous avons reçu nos comprimés d'iode pour parer à cette éventuelle contamination en cas d'accident nucléaire, mais cela n'est pas fait pour nous rassurer, bien au contraire! Notre confiance en l'indépendance des études menées sur la production d'énergie nucléaire et ses dangers potentiels nous incite à la prudence, raison pour laquelle nous prônons le principe de précaution et l'arrêt immédiat des centrales qui ont ou auront atteint 45 ans d'activité, et non 60 ans comme cela a été décidé hier.

Pour une Suisse plus sûre, nous vous invitons à recommander au peuple et aux cantons l'acceptation de l'initiative populaire.