Cramer Robert · Ständerat · 2015-09-10
Cramer Robert · Ständerat · Genf · Grüne Fraktion · 2015-09-10
Wortprotokoll
Je n'étais pas sûr d'intervenir dans le débat, étant d'avis que la présente motion ne susciterait pas beaucoup de discussions et que le bon sens commande de la rejeter. Toutefois, j'ai entendu un certain nombre de propos qui me conduisent à intervenir.
A entendre certains, nous serions dans une situation très périlleuse dans le domaine de l'asile et nous ne serions pas loin de pouvoir dire que la barque est pleine. Or la barque est très loin d'être pleine! Il faut simplement rappeler un certain nombre de réalités et de chiffres. Il n'y a pas si longtemps de cela, en 1999, la Suisse a fait face à environ 50 000 demandes d'asile; c'était au plus fort de la crise au Kosovo. En 2015, d'après les indications dont nous disposons, un maximum de 30 000 demandes seront déposées, c'est-à-dire 40 pour cent de moins qu'en 1999.
Que s'est-il passé en 1999? J'en ai un souvenir assez précis; à l'époque, j'étais membre du Conseil d'Etat genevois. A la demande de la Confédération, des mesures ont été prises pour créer des structures d'hébergement. Tout le pays a dû fournir un effort considérable, les demandeurs d'asile étant répartis proportionnellement à la population des cantons. Dans tout le pays, on s'est ingénié à trouver des lieux d'hébergement. A Genève notamment, des friches ont été mises à disposition, des baraquements ont été édifiés. J'imagine que des choses comparables ont été faites ailleurs.
Ce que je veux donc dire, c'est qu'à la fin des années 1990 et au début des années 2000, notre pays avait des structures qui lui permettaient d'accueillir environ 50 000 personnes, et ce non pas dans des abris, mais dans des conditions d'habitat décentes.
Que s'est-il passé ensuite? Eh bien, Monsieur Föhn, ce qui s'est passé ensuite, c'est que Monsieur Blocher s'est retrouvé au Conseil fédéral et que Monsieur Blocher a demandé le démantèlement des structures d'hébergement. Très concrètement, ce qui s'est produit dans un canton comme celui de Genève, c'est que les lieux qui avaient difficilement été trouvés, qui avaient difficilement été édifiés, ont été ensuite affectés à d'autres fins. Aujourd'hui, que ceux qui prétendent que l'on pourrait avoir des difficultés à héberger des requérants d'asile se souviennent que c'est un choix de notre politique fédérale. C'est le Conseil fédéral qui, à un moment donné, a choisi de dire qu'il fallait réduire de façon drastique les conditions d'accueil. Il y a là une attitude de pompier pyromane, qui est extrêmement pénible.
Ce qui m'aurait évidemment incité à ne pas intervenir, ce sont les mesures d'évidence excessives qui sont proposées. Tout d'abord, édicter un moratoire dans le domaine de l'asile est inacceptable par rapport à nos engagements internationaux. En outre, imaginer que l'on puisse envoyer l'armée pour "protéger" le pays face à des gens qui viennent réclamer le refuge au nom de notre tradition humanitaire, cela paraît simplement inimaginable!
Abstraction faite de ces considérations, il va de soi que les dizaines de millions de personnes qui - à juste titre! - peuvent demander l'asile dans le monde ne sauraient être accueillies toutes dans notre pays. Cela tombe sous le sens. Mais ce genre d'affirmations relèvent elles aussi du pur fantasme. On sait très bien que la grande majorité, voire la quasi-totalité des personnes qui doivent quitter leur pays restent dans la région. C'est exactement ce que nous ferions nous-mêmes si un jour quelque événement terrible nous amenait à devoir quitter la Suisse. Nous n'aurions pas pour première idée d'aller en Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie; nous irions dans un pays proche, avec l'espoir de pouvoir rentrer le plus rapidement chez nous. C'est très précisément ce que font la quasi-totalité des gens qui sont amenés à quitter leur pays.
Par ailleurs, il y en a quelques-uns qui sont amenés à faire des voyages plus longs pour chercher l'asile. Ceux qui y ont droit doivent l'obtenir.
La considération selon laquelle les gens doivent rester sur place implique bien sûr un effort important de la part de la Suisse, au-delà du fait d'avoir nos frontières ouvertes, pour aider les personnes qui seraient contraintes de quitter leur pays et organiser les choses de façon urgente. Cela implique que l'on revienne sur cette disposition fort malheureuse issue de la dernière révision de la loi sur l'asile, qui empêche les personnes de demander l'asile dans les ambassades. Il faut que nous rétablissions la possibilité de demander l'asile dans les ambassades. Cela doit faire partie de notre dispositif pour répondre à la crise actuelle.
Au-delà de cela, il va de soi que la motion doit être rejetée, sans aucune espèce d'hésitation.