Polla Barbara · Nationalrat · 2002-03-04
Polla Barbara · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2002-03-04
Wortprotokoll
Cette interpellation urgente du groupe de l'Union démocratique du centre vise à mettre en lumière les rapports existant entre l'accord passé avec l'Allemagne et l'accident du Jumbolino de Crossair, qui a profondément affligé la Suisse à la fin de l'année dernière. En premier lieu, j'aimerais souligner le caractère urgent qu'avait cette interpellation, et qu'elle a toujours d'ailleurs, et le fait qu'une interpellation urgente ne devrait pas perdre son caractère d'urgence avéré et reconnu simplement parce qu'il est huit heures du soir et que nous sommes fatigués. En effet, il s'agit ici de sécurité, c'est important, et le groupe libéral est très sensible à cette problématique. La question de la sécurité des transports privés ou publics fait partie de nos priorités. Nous partageons les soucis du groupe de l'Union démocratique du centre et nous réfutons absolument l'accusation de M. Fehr Hans-Jürg d'instrumentalisation de l'accident de Crossair. Ou alors, à instrumentalisation politique de Kloten, nous pourrions rétorquer instrumentalisation politique du Gothard. Le groupe libéral n'instrumentalise pas la question de la sécurité, il s'en préoccupe - nous nous préoccupons aussi de la sécurité routière, d'ailleurs.
Mais revenons à l'accident de Kloten. Nous sommes parfaitement conscients que dans ce domaine, comme dans tous les autres, le risque zéro n'existe pas et le risque unique non plus, d'ailleurs. Le plus souvent, les accidents se produisent en raison du cumul d'une multitude de risques et de facteurs négatifs qui agissent en chaîne, et beaucoup plus rarement en raison d'un facteur unique. Tout l'art de la sécurité, c'est en fait de prendre en considération à tout moment l'ensemble des maillons de la chaîne. Dans le cas qui nous préoccupe, le maillon initial dans l'enchaînement des événements commence indubitablement avec l'accord avec l'Allemagne. Si l'accord avec l'Allemagne n'avait pas été signé et puis immédiatement mis en vigueur, la piste 28 n'aurait pas été utilisée comme elle l'a été. La chaîne d'événements continue ainsi, avec cette piste 28.
Certes, la piste 28 correspond aux exigences internationales de sécurité - c'est bien la moindre des choses; cela nous a été abondamment rappelé par M. Leuenberger, conseiller fédéral, et nous ne mettons pas en doute cette réalité. Mais, en général, vous serez bien d'accord, la Suisse ne se contente pas des normes internationales de sécurité. Nous mettons toujours un point d'honneur à appliquer des normes dix, cent fois plus sévères que les normes internationales de sécurité. Dois-je rappeler la discussion que nous avons eue au début de cet après-midi à propos de l'ORNI, et le fait que dans ce domaine, comme dans bien d'autres, nul ne conteste l'application de normes plus sévères pour la Suisse?
Nous faisons toujours mieux chaque fois qu'il est possible de faire mieux en essayant d'éviter que le mieux ne soit l'ennemi du bien. Dans le cas de la piste 28, il ne fait aucun doute que le mieux aurait réellement été mieux, car même si la procédure VOR est acceptée, il est incontesté que le système ILS est meilleur. L'utilisation d'une piste non équipée d'ILS fait donc partie de la longue liste des facteurs de risque reconnus dans l'accident que nous avons eu à déplorer, avec d'autres, certes, comme les facteurs météorologiques et humains, sur lesquels, en tant que politiciens, il nous est évidemment beaucoup plus difficile d'agir. Ceux-là étaient probablement les derniers maillons de cette chaîne malheureuse.
Mais si nous en revenons au premier maillon, à savoir l'accord avec l'Allemagne, force est de constater que cet accord a été conclu d'abord pour répondre à des critères de bruit, et non pas d'abord pour répondre à des critères de sécurité. De plus, cet accord a été mis en vigueur sans tarder, avant que l'aéroport de Zurich n'ait eu le temps d'équiper la piste 28 du système ILS et, de façon plus formelle, avant même son éventuelle ratification par le Parlement. Or, il est bien possible que le Parlement soit, lui, plus sensible à la sécurité qu'il ne l'est au bruit, toute instrumentalisation mise à part. Le Parlement aurait bien pu décréter, si on le lui avait demandé, qu'il fallait d'abord équiper la piste 28 du système ILS, non pas avant de ratifier l'accord avec l'Allemagne, car ceci est une toute autre question à laquelle nous réservons notre réponse, mais en tout cas avant d'appliquer cet accord.
C'est certainement ce que proposera le groupe libéral quand la question lui sera enfin formellement posée. Nous ne pouvons qu'espérer que c'est ce que décidera aussi le chef du département, car mieux vaut tard que jamais.