Maillard Pierre-Yves · Nationalrat · 2002-03-06
Maillard Pierre-Yves · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2002-03-06
Wortprotokoll
A la lecture de ce rapport, il m'est venu une réflexion, c'est celle qu'il faudrait de toute urgence un nouveau Molière pour décrire les nouveaux tartuffes, les nouveaux jésuites que sont les économistes. Comment qualifier en effet autrement les auteurs de ce rapport, qui manifestement ont besoin soit de repos, soit éventuellement de prendre quelques activités manuelles qui détendraient leur cerveau embué? Je lis dans ce texte officiel, remis par le Conseil fédéral, des phrases du genre: "La recherche empirique montre que les pays à croissance économique élevée connaissent un recul de la pauvreté supérieur aux autres pays." Il a donc fallu des recherches empiriques pour prouver que les pays qui connaissent une croissance voient leur pauvreté reculer! En outre: "La baisse de la pauvreté est plus rapide lorsque la croissance économique n'est pas accompagnée d'une augmentation des inégalités." Là où on constate moins d'inégalités, on constate aussi moins de pauvreté! C'est tout le long comme cela, des pages entières! Je pourrais faire des citations les unes après les autres. Il y a une continuelle pensée tautologique, des affirmations complètement vides de sens.
Une petite question aurait mérité un début d'analyse et de définition: de quoi parle-t-on? Il est question ici de mondialisation. A aucun moment, je n'ai vu de définition de ce que c'est que la mondialisation. De quoi parle-t-on? On commence tout de suite le texte en parlant de mondialisation, mais personne n'explique ce que c'est. Moi, je suis un type simple et j'ai besoin qu'on m'explique de quoi on parle. On parle, en réalité, et c'est de ça que la gauche se plaint, de libéralisation, c'est-à-dire d'ouverture à la concurrence de secteurs qui en étaient protégés et de processus de privatisation, c'est-à-dire de captation par des capitaux privés d'entreprises et de services publics. C'est ça que l'on constate dans les pays du monde, dans les pays du Sud.
Alors, il y a une chose extraordinaire: quand ce rapport essaie d'expliquer que les pays nouvellement mondialisés s'en sortent mieux que les autres et qu'on regarde la liste de ces pays nouvellement mondialisés pris comme exemples, on voit un pays qui y figure, c'est l'Argentine. Hélas, trois fois hélas, ce document a été fait avant un certain nombre de malheurs qui sont arrivés au peuple argentin qui, lui, voit très bien ce que c'est que cette mondialisation libérale, ce processus de libéralisation et de privatisation. Cela conduit à ceci, Monsieur Beck: par exemple, les entreprises de télécommunication, d'énergie qui ont été vendues à des multinationales européennes, se sont battues pour que leurs tarifs continuent à être payés en dollars, alors que le peso était dévalué de 40 pour cent, ce qui signifie des hausses de tarifs qui vont jusqu'à 40 pour cent pour le petit peuple argentin. Cela, c'est la mondialisation que nous condamnons.
Mais le jour où nous parlerons de la mondialisation des salaires minimaux, de la mondialisation de l'assurance-maladie sociale obligatoire, de celle du droit à l'éducation pour tous les enfants jusqu'à seize ans ou de celle de la protection contre la vieillesse, vous aurez alors toute la gauche de cet hémicycle qui sanctifiera et qui louera la mondialisation. Parler en soi de la mondialisation, ça n'a aucun sens! Il faut arrêter d'en parler. Il faut commencer à parler de choses concrètes. Le développement des droits sociaux est le véritable instrument de promotion de l'économie et de l'égalité des chances entre les individus.
Il n'y a pas seulement que des tautologies, il y a aussi de graves contrevérités historiques. Quelque part dans ce rapport, il est dit que la période 1914-1945, qui aurait été une période de protectionnisme, a vu une croissance mondiale du PIB défavorable. C'était juste un hasard de mettre là-dedans les deux guerres mondiales! Effectivement, pendant les guerres mondiales, on peut s'attendre à ce que la croissance économique soit un peu plus faible que pendant les périodes de paix. Donc, il fallait juste mettre les deux guerres mondiales dans cette période pour bien maquiller les chiffres. Mais c'est aussi faire l'impasse sur un fait historique, à savoir que dans les années vingt, on a justement eu au contraire un processus de libéralisation et de mondialisation financière et économique massif et qu'au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, on a eu au contraire des processus protectionnistes, des nationalisations, des protections des marchés intérieurs. Autre contrevérité. Quand on prend le Japon comme exemple de pays mondialisé qui a réussi, on passe complètement sous silence le fait que le Japon était en croissance quand son marché intérieur était complètement fermé et qu'il attaquait les marchés des autres. Dès le moment où son marché a commencé à s'ouvrir, comme par hasard on constate un certain nombre de difficultés pour lui.
Donc, c'est un tissu de tautologies, d'approximations historiques. Monsieur le Conseiller fédéral, donnez des vacances à vos économistes, engagez un ou deux historiens et vous produirez des documents de meilleure qualité. (Applaudissements partiels)
Je vous invite évidemment à soutenir la proposition du groupe socialiste.