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Couchepin Pascal · Bundesrat · 2002-03-06

Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2002-03-06

Wortprotokoll

Monsieur Cavalli, il ne faut pas confondre la cause et ses résultats. La cause, c'est la ruine de l'Argentine. Quant à la ruine de l'Argentine, on a eu une discussion avec M. Ramonet qui est, sauf erreur, d'origine argentine: c'est le protectionnisme de la période Peron, c'est le système du dernier président péroniste qui a ruiné le pays. Ce pays, aussi longtemps qu'il a été un pays ouvert au commerce international, a été un des pays les plus prospères du monde. A la fin de la guerre, il avait bénéficié de circonstances particulières en réussissant à exporter des quantités importantes de viande. C'était un des pays les plus riches du monde qui a été ruiné par la politique politicienne de cet Etat. On prétend que le FMI et la Banque mondiale y ont contribué: le FMI et la Banque mondiale n'ont pas fait que des expériences positives en Argentine, mais eux aussi sont intervenus parce qu'il y avait la crise. Or, l'Argentine était, au début du XIXe siècle, un pays aussi riche que les Etats-Unis. Lorsque les émigrants de mon canton partaient vers le Nouveau Monde, certains d'entre eux partaient vers l'Argentine, d'autres vers les Etats-Unis. Personne ne pensait que celui qui partait vers les Etats-Unis avait tiré le bon lot. Ceux qui partaient vers l'Argentine partaient vers un pays aussi plein de promesses que les Etats-Unis. Ce qui s'est passé entre-temps, ce n'est pas la faute du FMI et de la Banque mondiale, c'est la faute du système politique local et nous n'en sommes pas responsables. Si le FMI et la Banque mondiale n'ont pas été toujours aussi efficaces qu'ils auraient dû l'être, je l'admets, et il faut en tirer des leçons pour les prochaines expériences.

Et c'est la réponse, finalement, à la question de M. Cavalli: l'argent ne vient pas en Suisse parce que les banquiers suisses sont allés pourrir et corrompre les capitalistes argentins, l'argent vient en Suisse parce qu'il fuit le pays du fait d'une politique erronée, sur les causes desquelles on peut encore longtemps discuter. Il vient en Suisse, il ira à Singapour ou alors aux îles Caïman; il finira n'importe où, mais il quittera le pays parce que, si la politique économique est fausse dans un pays, on fait fuir la biche fragile qu'est le capital, qui se réfugiera n'importe où, à Lugano; si ce n'est pas à Lugano, il ira à Singapour; si ce n'est pas à Singapour, il ira dans d'autres îles.