Grin Jean-Pierre · Nationalrat · 2016-03-09
Grin Jean-Pierre · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2016-03-09
Wortprotokoll
Cette initiative vise principalement trois objectifs. Le premier consiste à renforcer l'approvisionnement de la population suisse en denrées alimentaires issues d'une production indigène diversifiée et durable. Le deuxième vise à diminuer les charges administratives qui ont pris l'ascenseur ces dernières années dans le cadre de la politique agricole, et le troisième cherche à préserver nos bonnes terres cultivables.
Notre approvisionnement en denrées alimentaires dépend de la production de l'agriculture suisse et, bien sûr, de nos importations. Plus nous produisons de denrées alimentaires, moins nous devons en importer. Beaucoup de voix s'élèvent actuellement pour demander un certain développement durable, des produits de proximité et de qualité. L'agriculture suisse peut répondre parfaitement à ces exigences à condition qu'on lui permette de produire sans trop de contraintes réglementaires et administratives.
Or, au fil des années, la politique agricole a dû répondre à de multiples exigences organisationnelles, environnementales, écologiques et, surtout, de plus en plus, administratives. Ces vingt dernières années, les agriculteurs suisses ont fait d'importants efforts pour s'adapter aux nouvelles normes de production en limitant les engrais du commerce et les pesticides et en suivant des plans stricts de fumures et d'interventions phytosanitaires sur les cultures, tout cela pour respecter les normes toujours plus précises et dirigistes de nos politiques agricoles. C'est pour cela que le régime des paiements directs a été mis en place. Il porte sur des montants importants certes, mais les baisses de prix sont tout aussi importantes. Ces dernières, dans les régions de plaine, pénalisent l'esprit d'entreprise des agriculteurs. Cette nouvelle politique agricole rend les agriculteurs captifs des décisions politiques prises par notre Parlement tous les quatre ans et est accompagnée, pour chaque période, de toujours plus de contraintes et de charges administratives, donc de plus de travail en partie improductif.
Donc, les deux principales exigences relevant de cette initiative, que je viens de citer, sont tout à fait légitimes si l'on veut garantir à notre population une certaine sécurité alimentaire pour les années futures, d'autant plus si l'on prend en compte l'augmentation de cette population.
Actuellement, notre production laitière est fortement menacée par des prix plancher scandaleux ne couvrant plus, et de loin, les prix de production. Ils poussent de nombreux agriculteurs à arrêter la production laitière. Le sucre suisse est aussi malmené ces temps-ci. En se calquant sur le prix de dumping du sucre mondial, nos deux sucreries ne peuvent acheter aux producteurs suisses les betteraves sucrières qu'à un prix minimal et presque inacceptable pour les producteurs.
Pour garantir des prix décents, le Conseil fédéral doit fixer des conditions-cadres pour des prix à la production plus justes et plus équitables. L'importation de produits agricoles [PAGE 271] doit être considérée comme un complément pour notre alimentation et non avoir la priorité sur la production suisse.
Les mesures demandées contre les pertes de terres cultivées sont impopulaires aux yeux de notre économie. Je le comprends, car je suis conscient du fait que l'augmentation de notre population nécessite toujours plus de place pour la loger, ainsi que, pour ses déplacements, de nouvelles voies de communication tant routières que ferroviaires. Mais, dans cette économie de terres agricoles, il faut mettre des priorités. Dans ce domaine, la revitalisation des ruisseaux, avec la perte de plus de 20 000 hectares de bonnes terres, est un élément qui pourrait être corrigé. On peut prendre un seul exemple, en Valais, où on exige de dézoner des pâturages arides et peu productifs pour les rendre à l'agriculture, alors que dans le même temps, on crée des zones inondables sur des terrains plats et productifs en plaine.
En matière de production, il n'y a pas plus contradictoire.
Nous disons donc oui à une production agricole de qualité et durable; oui au maintien d'une agriculture suisse productive; oui à la préservation des bonnes terres cultivables et oui à la réduction des charges administratives pour l'agriculture.
Pour toutes ces raisons, il faut recommander au peuple suisse d'accepter l'initiative populaire "pour la sécurité alimentaire".