Simoneschi Chiara · Nationalrat · 2002-03-13
Simoneschi Chiara · Nationalrat · Tessin · Christlichdemokratische Fraktion · 2002-03-13
Wortprotokoll
J'ai évoqué, dans mon interpellation, la question des sans-papiers pour démontrer deux choses. La question des sans-papiers, ce n'est pas seulement le fait que des employeurs veulent profiter d'une main-d'oeuvre au noir. Je pense que cette question est symptomatique du fait que notre politique d'immigration très [PAGE 229] restrictive vis-à-vis des personnes peu qualifiées, par exemple des personnes venant de l'Europe de l'Est, ne réussit pas à satisfaire les besoins actuels et réels de l'économie. Quand je dis "actuels et réels", je parle vraiment des besoins dans les cantons et dans certains secteurs. Nous entendons ces choses, parce que nous, nous sommes enracinés dans nos cantons. Je parle notamment de l'agriculture, du tourisme et du secteur des services, mais des services peu qualifiés.
Je sais que quand j'aborde ce thème, on me dit: "Nous n'avons besoin que de personnes peu qualifiées", d'où la politique de l'immigration que nous avons. Politiquement, je peux comprendre cette position - ça ne touche d'ailleurs pas votre département. Mais économiquement, elle n'est pas compréhensible parce que nous savons que sur notre marché du travail, on cherche surtout des personnes qualifiées, toujours plus qualifiées, ayant de nouvelles qualifications, une formation aux nouvelles technologies, des compétences linguistiques et sociales. Mais nous savons aussi que dans notre société qui cherche des personnes toujours plus qualifiées, il y a aussi des secteurs qui ont besoin de personnes, d'êtres humains n'ayant pas nécessairement beaucoup de qualifications, mais qui sont très importants pour certains secteurs. J'ai cité le tourisme, la restauration, l'hôtellerie. J'ai cité l'agriculture: on a toujours de plus en plus de difficultés à trouver des personnes pour les alpages. Je cite, par exemple, les grands besoins existant dans le secteur de la prise en charge des personnes âgées, des malades, des handicapés. Là, on a besoin de personnes qui prennent en charge les personnes âgées, et pas seulement d'infirmières.
Pour toutes ces raisons, je dis qu'on devrait quand même avoir dans notre pays un relevé statistique un peu plus fin, un peu plus complet, un peu plus général.
Dans votre réponse, Monsieur le Conseiller fédéral, vous citez toutes les agences qui font des relevés statistiques. On sait que l'Office fédéral de la statistique fait une statistique de l'emploi, mais elle est seulement trimestrielle et uniquement dans les secteurs secondaire et tertiaire. Il y a donc une lacune. Il y a le SECO qui fait une statistique mensuelle des places vacantes, mais seulement de celles annoncées. Il y a donc aussi une lacune, mais cette statistique couvre au moins tous les secteurs. Et puis, il y a la statistique des chômeurs.
Si je regarde avec un oeil scientifique - j'ai étudié les sciences économiques et les sciences sociales et j'ai aussi fait de la statistique -, sans a priori de type idéologique, je dis que ces instruments de connaissance, parce que la statistique est un instrument de connaissance, ne sont pas satisfaisants ni assez bons pour être significatifs. On a des statistiques hétérogènes avec des critères qui ne sont pas homogènes, on a beaucoup d'offices qui font ce travail. On n'a donc pas réellement de données fines et sûres. D'ailleurs, le Conseil fédéral l'admet à la page 1 de la réponse. Il dit: "Vu qu'en Suisse l'annonce des places vacantes n'est pas obligatoire, on est en droit de penser que les chiffres des indicateurs sont en deçà de la réalité." On fait donc une extrapolation. On pense que c'est ça.
Je demande d'étudier la possibilité d'avoir un instrument fiable pour savoir exactement, pour chaque branche, ce qui se passe et les besoins existants. Si on avait, par exemple, l'annonce obligatoire des places vacantes, avec des définitions des qualifications par canton, par branche, par métier, on pourrait alors orienter la formation continue des Suissesses et des Suisses pour mieux répondre aux besoins du marché du travail, et on pourrait aussi mieux orienter l'immigration. C'est pour cette raison que je suis déçue.
J'ai dit "partiellement satisfaite" parce que je suis gentille. Je pourrais dire que je suis déçue et donc que je ne suis pas d'accord avec la réponse, mais je suis une personne gentille. Je me demande pourquoi on ne veut pas étudier la question, c'est-à-dire voir où sont les lacunes et si on peut avoir un instrument performant. Stefano Franscini, qui a été le premier conseiller fédéral tessinois et aussi un grand statisticien, a dit: "Per deliberare bisogna conoscere." Allora, io potrei dire: "Ma, Signor Consigliere federale, lei non vuole conoscere forse perché non vuole governare?"