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Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2002-03-18

Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2002-03-18

Wortprotokoll

Pour ma part, je m'opposerai aussi bien à la transmission de la motion en tant que telle qu'à sa transmission sous forme de postulat, et cela pour différentes raisons.

Je voudrais remarquer tout d'abord que cette motion contient des demandes qui ne sont absolument pas claires; dans son développement, elle demande d'intégrer "des composantes liées aux prestations"; elle demande de le faire "dans une mesure appropriée"; elle demande de "moduler les résultats".

Que signifie ce jargon? Juridiquement, à notre avis, strictement rien. Mais politiquement, nous voyons cette demande comme une nouvelle menace sur la démocratisation des études. En effet, selon une enquête récente de la Fédération des associations d'étudiants - sur des résultats partiels parce que, bien sûr, il y a d'énormes variations d'un canton à l'autre -, les bourses d'études sont déjà maintenant totalement insuffisantes. Il faut savoir qu'en moyenne, un étudiant reçoit 680 francs par mois, alors que le minimum vital pour un étudiant est estimé à 1700 francs. De plus, les conditions d'obtention d'une bourse d'études sont beaucoup plus strictes, Monsieur Seiler, que ce que vous disiez. Une bourse d'études ne se trouve pas sous les pas d'un cheval!

Il faut savoir encore que les règlements cantonaux introduisent déjà des limites liées aux prestations, en lien en particulier avec la durée des études, puisque cette durée est estimée selon le critère d'une durée "normale", ce qui est encore une fois assez flou. Mais enfin, il y a quand même une limite.

Bref, il y a d'énormes lacunes dans le système des bourses. La plupart des boursiers travaillent professionnellement à côté de leurs études pour compléter leur revenu, ce qui précisément peut occasionner quelques retards dans leur cursus, voire, une fois ou l'autre, un échec à un examen.

Mais l'essentiel, à notre avis, est de voir surtout la portée politique d'une telle motion. Elle établit très clairement une discrimination à l'encontre des jeunes qui ont peu de moyens financiers, alors que les fils à papa peuvent prendre tout leur temps pour faire leurs études. Elle s'inscrit dans un contexte de restrictions budgétaires, M. Seiler vient de le rappeler, qui est assez catastrophique en ce qui concerne l'aide aux études non seulement du côté des bourses, mais aussi de celui des logements d'étudiants et des conditions de l'enseignement. Elle s'inscrit encore dans un contexte de formation toujours plus sélectif, orienté sur la performance et la compétitivité, accroché à des critères de rentabilité.

Vous avez le droit de pratiquer le culte de la productivité dans la vie économique. Mais épargnez les universités et la formation. Les jeunes doivent pouvoir bénéficier d'une certaine sécurité pour acquérir les compétences nécessaires, pour développer aussi une capacité de réflexion et un esprit critique.

Cela ne signifie en aucun cas que nous voulons encourager les étudiants à prendre tout leur temps pour leurs études et que nous nous fichons comme de l'an quarante des résultats qu'ils pourraient obtenir. Nous voulons surtout dire qu'à l'heure où le clergé technocratique ne voit de beau que la recherche de pointe, les pôles d'excellence, les investissements de fond et l'ancrage des institutions de formation dans la société marchande, nous ne devons pas mettre une pression exagérée sur les étudiants boursiers, qui doivent comme je l'ai déjà dit accomplir des prodiges pour assurer leur subsistance.

Quant à la réticence des étudiants à demander des prêts, dans laquelle M. Seiler croit pouvoir déceler la preuve que les bourses sont distribuées trop généreusement, nous avons l'impression qu'elle s'explique plutôt par la crainte bien compréhensible des étudiants de se surcharger de dettes, et aussi par le courage de beaucoup d'entre eux d'essayer de gagner leur vie par leurs propres moyens. Par ailleurs, l'institution des prêts sans intérêt n'est évidemment pas contestée.

En conclusion, nous estimons que cette motion va dans le sens d'un rétrécissement du recrutement social des étudiants, et nous vous demandons de ne transmettre cette motion ni en tant que telle, ni sous forme de postulat.