Hêche Claude · Ständerat · 2016-11-28
Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2016-11-28
Wortprotokoll
Dans ce dossier, il y a lieu préalablement de se poser quelques questions de fond. Connaissez-vous quelqu'une pleine d'idées et de projets qui a renoncé à un poste intéressant, car trop difficile à organiser avec des enfants en bas âge? Connaissez-vous des femmes souhaitant travailler, mais qui renoncent, car les frais de garde sont dissuasifs? Connaissez-vous des mamans qui prennent le risque de se couper du monde du travail, en ne pratiquant plus pendant plusieurs années pour s'occuper de leurs enfants? A ces trois questions, je réponds trois fois oui.
Je suis convaincu qu'au quotidien, vous en êtes conscients, la question de la garde des enfants est un casse-tête, qui influence grandement la trajectoire de vie d'une famille et de ses membres. Bien sûr, il y a, et cela a été rappelé à maintes reprises, des structures d'accueil et de garde entre 7 heures et 18 heures, du lundi au vendredi. Mais pour tout le reste, les petits à-côtés, les séances qui se rallongent, les horaires flexibles ou de nuit, les maladies d'enfant, c'est le système D. En réalité, il existe certaines crèches qui ferment à 17 heures 30 et, c'est incroyable mais vrai, il existe des boulots ou des trajets qui rendent difficile la présence d'un parent à 17 heures 30, eh oui!
Face à ces défis, à ces obligations, à ces situations auxquels on ne donne pas véritablement toutes les réponses, comment peut-on refuser d'entrer en matière? Notre mission, par ailleurs inscrite dans la Constitution, consiste notamment à faciliter la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, à encourager le partage des tâches et l'équité entre hommes et femmes. Un refus d'entrer en matière dans ce dossier est d'autant plus difficile à comprendre que le monde économique profite à plus d'un titre de l'accueil extrafamilial. De même, les responsables d'Economiesuisse et de l'Union patronale suisse ont présenté dernièrement un projet intitulé "Avenir du marché suisse du travail", dans lequel ils visent à accroître le taux d'activité des femmes, des jeunes et des plus de 50 ans. Si cette démarche peut être saluée, il faut bien se rendre compte que nous partons de loin. Une étude démontre que le plafond de verre est bien plus épais en Suisse que dans les pays du Sud de l'Europe, et on ne parle même pas des pays scandinaves. Selon certaines études, cela a aussi été dit tout à l'heure, le coût de la prise en charge d'un enfant dans notre pays est le double du coût moyen dans les pays de l'OCDE. [PAGE 891]
Comme les salaires féminins sont toujours bien inférieurs à ceux des hommes, ce sont encore les femmes qui sont amenées à réduire leur temps de travail, à faire appel aux grands-parents des enfants, à mettre en place des solutions bricolées, ou simplement à cesser leur activité pour limiter les frais de garde.
Chaque famille fait le maximum pour s'organiser, mais tout le monde n'a pas ses parents ou ses grands-parents à proximité. Bien sûr, il y a d'autres pistes à explorer - et les déductions fiscales en font partie -, mais la présente solution a l'avantage de bénéficier à tous et pas seulement à certaines catégories de revenus. Elle a en outre le mérite de promouvoir des solutions innovantes et adaptées alors que l'on sait que les personnes disposant de faibles revenus sont souvent celles qui doivent jongler avec des horaires particuliers, qui rendent les structures de garde peu adaptées à leurs besoins.
Pour ces quelques raisons, je vous invite à entrer en matière sur ce projet.