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Chevalley Isabelle · Nationalrat · 2017-03-08

Chevalley Isabelle · Nationalrat · Waadt · Grünliberale Fraktion · 2017-03-08

Wortprotokoll

Parler cinq minutes sur un rapport de 230 pages, c'est difficile. Alors permettez-moi de choisir un point qui me paraît important: la migration.

Pour gérer les problèmes de migration, il faut en comprendre les causes. Il y a deux raisons principales qui poussent une personne à quitter son pays: soit elle y risque sa vie, c'est le cas des réfugiés syriens, par exemple, soit elle n'y a aucune perspective d'emploi.

Concernant les guerres, la Suisse est très active pour encourager le dialogue entre les parties en conflit et les amener sur le chemin de la paix. Je remercie le Conseil fédéral pour son travail proactif. Nous devons continuer à renforcer ces bons offices, car, sans paix, jamais les réfugiés ne retourneront dans leur pays.

Ceux qu'on appelle les "réfugiés économiques" n'ont, quant à eux, rien à perdre en prenant le chemin de l'exil: n'ayant aucune perspective dans leur pays, ils préfèrent mourir en mer plutôt que de vivre dans l'humiliation de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de leur famille et de leurs proches. Une mère sénégalaise a dit à son fils qu'elle préférait qu'il risque sa vie pour trouver un travail plutôt qu'il reste au pays à ne rien faire. La pression sur ces jeunes est énorme. Un Suisse n'a pas besoin de risquer sa vie pour trouver un travail et, pourtant, c'est ce que font des milliers de migrants tous les jours!

S'ils avaient le choix, la très grande majorité de ces migrants préféreraient travailler dans leur pays d'origine. D'ici 2050, il faudra prévoir près d'un milliard d'emplois pour l'Afrique. Si on ne s'active pas rapidement dans la création d'activités génératrices de revenus, la crise actuelle ne sera qu'un aperçu de ce qui nous attend.

Prenons, par exemple, le Nigeria, dont la population dépasse 180 millions d'habitants. La moyenne d'âge y est de 18 ans. Si ces jeunes ne trouvent pas de travail dans leur pays, que pensez-vous qu'ils vont faire? Dans ce sens, les actions menées par la Direction du développement et de la coopération pour la promotion de la formation professionnelle dans divers pays africains sont une très bonne réponse à ces défis.

Avoir un travail, c'est avant tout une question de dignité. Les Africains ne manquent pas d'idées et d'esprit d'entreprise, mais, bien souvent, il leur manque juste un petit coup de pouce pour démarrer. Regardez ce que font les femmes au Burkina Faso - puisque Monsieur Köppel a parlé des femmes du Burkina Faso, je ne pouvais m'empêcher de lui faire un petit clin d'oeil: elles recyclent des sachets plastique qui traînent dans la nature, elles les récoltent, les lavent, les découpent, les tissent et en font des sacs à main. Incroyable! Qu'est-ce que cela signifie? Cela signifie que ces femmes ont créé 100 emplois et elles recyclent chaque année 15 tonnes de sachets plastique. Les idées ne leur manquent pas.

On ne peut pas, d'un côté, refuser les réfugiés et, de l'autre, couper dans la coopération au développement. C'est une attitude schizophrène, qui n'est pas digne de politiciens responsables. Il faut accentuer l'aide sur place, car tout bon libéral sait que la richesse n'est profitable que si chacun peut en vivre dignement, ce d'autant plus que nous, comme eux, en profiterons.

Nous sommes un parti pragmatique, qui est conscient que l'on ne peut pas accueillir toute la misère du monde et qu'on ne peut pas non plus construire un mur à nos frontières, même si c'est à la mode. La meilleure solution se situe entre ces deux extrêmes, à savoir en augmentant l'aide sur place, ciblée sur les besoins de l'économie locale.

Nous remercions le Conseil fédéral pour ce rapport et nous en prenons acte. Mais nous souhaiterions un peu plus de soutien à l'aide au développement, qui est la meilleure réponse à la migration économique que l'on observe aujourd'hui.