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Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 1999-12-09

Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 1999-12-09

Wortprotokoll

Je vais aborder la question qui nous occupe essentiellement du point de vue de l'emploi. L'acceptation de l'initiative populaire, selon le Conseil fédéral, entraînerait la perte de milliers de places de travail. Les coûts sociaux subséquents seraient très élevés.

Cette compassion vous honore, Monsieur le Conseiller fédéral. On peut toutefois se demander pourquoi les autorités de ce pays n'ont pas fait preuve d'une compassion au moins égale, à d'autres occasions, par exemple lorsque 60 000 emplois ont été supprimés dans l'horlogerie, ce qui avait eu pour effet de vider certaines régions de l'Arc jurassien d'environ le quart de leur population. Ou pour prendre des exemples plus récents: pourquoi le Conseil fédéral n'a-t-il pas manifesté une telle compassion à l'égard des travailleurs d'Adtranz, d'Alusuisse, de Bally, de Sulzer, de Schäublin ou encore de Giovanola? Cas qui sont autant de mesures ou de projets de démantèlement de la place industrielle suisse. Dans tous ces cas, Monsieur le Conseiller fédéral, pourquoi n'avez-vous pas dit - c'est votre expression - "que les coûts sociaux subséquents seraient très élevés"?

Votre silence dans toutes ces affaires m'incite à penser que le Conseil fédéral s'intéresse essentiellement aux emplois militaires, ce en quoi, de mon point de vue, il a tort, et cela pour trois raisons au moins:

1. En raison de la chute du mur de Berlin, l'industrie d'armement n'aura plus jamais l'importance qu'elle a eue jusqu'ici. D'autres pays l'ont compris.

2. L'investissement dans le secteur militaire rapporte peu. Avec 1 milliard de francs investi dans ce secteur, on peut en effet créer quelque 75 000 emplois. Mais, avec la même somme, on peut en créer plus de 90 000 dans les transports publics, 100 000 dans la construction, 140 000 dans la santé ou encore 150 000 dans l'éducation. En investissant dans l'armement, on utilise, par conséquent, mal les deniers publics.

3. L'initiative populaire doit être réalisée en l'espace de dix ans et elle prévoit tout de même un fonds de 1 milliard de francs pour la reconversion des entreprises concernées ainsi que des travailleurs et des travailleuses qui y sont occupés. Or, ce délai et ce montant me paraissent suffisants et raisonnables pour mener une politique de reconversion digne de ce nom.

Alors que nous avons encore une surcapacité militaire, de très nombreux besoins économiques et sociaux ne sont pas encore satisfaits. Je pense notamment aux secteurs de l'énergie, de l'environnement, des transports publics d'avant-garde ou encore des techniques de recyclage. Or, Monsieur le Conseiller fédéral, dans tous ces secteurs, il y a de très forts et de très importants gisements d'emplois.

Encore une autre considération, à savoir que, et il faut le reconnaître, même si des efforts de réduction des dépenses militaires ont été accomplis depuis un certain nombre d'années, en comparaison internationale notre pays reste surarmé, il faut le souligner. Nous avons ainsi 56 soldats pour mille habitants contre 13 en France et 12 en Allemagne; 12 chars d'assaut par kilomètre carré contre 8,4 en Allemagne et 1,4 en France; ou encore 33 avions de combat pour mille kilomètres carrés contre 1,4 en Allemagne et 1 en France.

C'est manifestement trop, et même beaucoup trop. C'est beaucoup trop pour un pays dont l'armée, depuis Marignan, et cela nous ramène très loin dans l'histoire, n'a plus jamais été qu'une armée de guerre civile et de répression intérieure.

En conclusion, je vous invite à soutenir l'initiative populaire.