Béglé Claude · Nationalrat · 2017-06-14
Béglé Claude · Nationalrat · Waadt · CVP-Fraktion · 2017-06-14
Wortprotokoll
J'ai déposé en décembre dernier un postulat demandant la rédaction d'un rapport sur l'engagement du Département fédéral des affaires étrangères en matière de bons offices. Il s'agit de faire un bilan des démarches de facilitation et de médiation menées pour tenter de résoudre des conflits et de stabiliser des régions fragiles, qui pourraient, sinon, basculer dans le chaos. Un tel [PAGE 1081] rapport permettrait aussi de mettre en avant ces bons offices, qui sont assez mal connus.
Le Conseil fédéral propose d'accepter ce postulat; je voudrais à mon tour vous convaincre de le soutenir.
Les bons offices constituent un domaine d'expertise de la Suisse qui est directement lié à l'une de nos spécificités: la neutralité. De par sa neutralité, la Suisse a toujours été un acteur crédible face à des situations politiques complexes. Sa longue expérience du fédéralisme est un atout supplémentaire. Ces traditions donnent à la Suisse une légitimité spéciale en matière de bons offices.
C'est principalement la Division Sécurité humaine, une petite équipe au sein du Département fédéral des affaires étrangères, qui regroupe les activités de bons offices. Cette division, qui existe depuis une quinzaine d'années, a accumulé une solide expérience en matière de services rendus pour la promotion de la paix. Aujourd'hui, la Suisse dispose d'un savoir-faire de pointe reconnu comme tel par la communauté internationale.
La mission des bons offices est d'obtenir la paix par la médiation. Pour ce faire, nos spécialistes des bons offices interviennent à différents stades: la prévention des conflits violents, l'accompagnement des processus de paix, la mise en place des conditions de paix durable. Les moyens mobilisés sont souvent modestes: cela peut se limiter à proposer notre territoire comme lieu de négociation ou à mettre une boîte aux lettres à disposition afin que deux pays en conflit maintiennent une relation minimale. Cela peut consister aussi à favoriser la transition démocratique par l'organisation d'élections honnêtes. Toutefois, le plus souvent, il s'agit de mener une médiation très souple. Le caractère officieux des bons offices permet à nos spécialistes sur place de tisser des contacts avec des acteurs très divers, aussi bien des gouvernements que des groupements armés dissidents, pour faire, par exemple, baisser la tension et éviter un conflit. Il peut aussi s'agir d'aider les parties à trouver un terrain d'entente, voire à signer un accord de paix.
C'est en cela que les bons offices incarnent une démarche d'avenir. En effet, les conflits deviennent de plus en plus multipolaires en raison de l'émergence d'acteurs non étatiques avec lesquels il est difficile de parler, comme on peut le voir actuellement en Syrie ou dans la région du lac Tchad. Les motivations deviennent, elles aussi, multiples: elles peuvent être religieuses, souverainistes, tribales, économiques, viser des ressources naturelles, etc.
Les enjeux des conflits prennent aussi une ampleur internationale inédite. Rappelons ce que nous savons tous: il n'y a jamais eu autant de migrants dans le monde qu'aujourd'hui, et lorsque ces gens partent, ils emportent avec eux tout un tissu social et économique. Un pays dévasté par la guerre ou le terrorisme met environ trente ans à retrouver un fonctionnement normal. C'est pourquoi nous devons miser sur des solutions nouvelles, comme les bons offices, afin de désamorcer les conflits en amont.
Enfin, soulignons que les bons offices peuvent avoir un impact élevé avec des moyens relativement modestes. Concrètement, le budget dédié aux activités de bons offices de la Division Sécurité humaine représente moins de 3 pour cent du budget de la Direction du développement et de la coopération. On le voit, les coûts sont extrêmement faibles alors que les bénéfices sont potentiellement considérables, comme peut l'être une guerre évitée.
En termes de résultats, ces dernières années, la Suisse a été associée à plus de quinze négociations, notamment dans le cadre de l'accord de cessez-le-feu au Soudan, de sa participation aux pourparlers de paix en Colombie, de l'organisation de rencontres en lien avec la guerre civile au Sri Lanka, d'une contribution à la conclusion d'un accord de paix au Népal, du soutien aux pourparlers sur le dossier nucléaire iranien ou d'une intervention dans la crise russo-ukrainienne. La Suisse s'engage aussi dans des régions peu médiatisées pour aplanir les tensions, comme dans la région du lac Tchad et dans la région des Grands Lacs. Enfin, la Suisse a un rôle qui permet de garantir un minimum de relations entre les Etats-Unis et Cuba, entre l'Iran et l'Egypte, entre les Etats-Unis et l'Iran et entre la Russie et la Géorgie.
Malgré leur rôle croissant, les bons offices sont sous-estimés. Les bons offices exigent en effet une certaine discrétion. Et puis, il s'agit toujours de solutions sur mesure et de relations de longue haleine difficiles à résumer en quelques formules.
C'est pourquoi un tel rapport serait utile. Il permettrait de décrire des actions couronnées de succès, des cas plus complexes, des défis à surmonter, les méthodologies utilisées. Une meilleure compréhension des bons offices de la Suisse permettrait de mieux soutenir des solutions prometteuses pour notre avenir à tous.
En conclusion, je vous invite donc à soutenir la rédaction d'un rapport qui résumera l'impact des actions en cours et permettra un bon suivi des activités de la Division Sécurité humaine du Département fédéral des affaires étrangères.