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Scheurer Rémy · Nationalrat · 2002-04-16

Scheurer Rémy · Nationalrat · Neuenburg · Liberale Fraktion · 2002-04-16

Wortprotokoll

Le sens du mot "document" a beaucoup évolué au cours des temps. Il faut se libérer définitivement aujourd'hui de l'idée que le document est lié à l'acte écrit. Mais il ne faut pas oublier non plus que le mot appartient à la famille du verbe "docere", c'est donc un enseignement que l'on doit rechercher dans tout document.

Avec l'évolution technique, l'éventail des documents s'est considérablement ouvert. Je ne remonterai pas à tout ce que nous devons à l'association de la gravure et de l'imprimerie, mais je tiens à m'associer à la motion Widmer en faveur de la mémoire audiovisuelle.

Les possibilités progressivement ouvertes depuis le XIXe siècle de conserver l'image fixe, puis mobile, de conserver le son, d'associer le son et l'image ont prodigieusement accru le champ documentaire; un champ documentaire qui a été tardivement l'objet de l'intérêt des pouvoirs publics, ce qui est d'autant plus regrettable que les supports matériels de ces documents sont souvent fragiles et qu'ils sont en constante et de plus en plus rapide évolution.

Au niveau fédéral, abstraction faite peut-être d'appuis à la Cinémathèque suisse et à la Phonothèque nationale suisse à Lugano, je crois que c'est en 1992 seulement, à l'occasion de la nouvelle loi sur la Bibliothèque nationale, que l'on a fait référence pour la première fois à la conservation des documents conservés sur d'autres supports que le papier.

Et encore ne s'est-on pas rendu compte alors de ce que signifiait matériellement l'extension que l'on donnait à la définition du document, avec les nouveaux supports. Ici encore, le papier a été l'objet des premiers soins, avec une installation de traitement, de retraitement et de conservation à Wimmis. L'association Memoriav, due à l'effort commun de la Bibliothèque nationale, des Archives fédérales et d'autres partenaires, est aujourd'hui, à mon sens, exemplaire dans son activité de sauvegarde.

Mais, Madame la Conseillère fédérale, je remarque, dans la prise de position du Conseil fédéral deux adjectifs: "dramatique" et "excessif". Dramatique quand il s'agit du bilan de situation, du diagnostic; excessif quand il s'agit du montant à affecter aux remèdes. Or, c'est bien parce que la situation est dramatique que la somme à investir semble excessive. Excessive non pas par rapport aux besoins, mais bien sûr par rapport aux moyens disponibles. Cela, je le regrette et je le comprends tout à la fois. Je me réjouis même que l'on ait pu sauver déjà un matériel que vous-même, avec le Conseil fédéral, estimez très important. Avec le Conseil fédéral encore, je regrette - et je le cite - qu'"en comparaison internationale, la Suisse ne fasse pas encore un effort suffisant pour que ce patrimoine soit dûment conservé".

C'est pour cela que je remercie le Conseil fédéral d'avoir quelque peu augmenté les subsides donnés à Memoriav, et que, au nom d'une "sainte-alliance", non pas socialo-libérale mais en faveur de la mémoire et contre l'amnésie collective, j'ajoute ma voix à celle de M. Widmer. Je prie donc [PAGE 579] fortement le Conseil fédéral, que vous représentez ici, Madame la Conseillère fédérale, d'être aussi sensible à ce qu'il reconnaît être dramatique qu'à ce qu'il considère excessif. Et que le silence des documents ne devienne pas le silence du néant.