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Amaudruz Céline · Nationalrat · 2017-09-14

Amaudruz Céline · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2017-09-14

Wortprotokoll

Ne nous trompons pas de débat: est-il concevable d'obliger tout ménage à payer plus de 450 francs chaque année pour une redevance radio et télévision indépendamment du fait de savoir si, oui ou non, les personnes qui le composent regardent la télévision ou écoutent la radio?

Les privilèges accordés par l'Etat à la SSR font d'elle une entreprise quasi monopolistique. La redevance dont nous souhaitons la suppression remonte à une époque où l'Etat détenait un monopole de fait des ondes de radio ou de télévision. Les investissements nécessaires pour proposer des programmes étaient très importants, alors que les éventuels bénéfices restaient difficiles à évaluer. Etait-ce hier? Pas vraiment.

Depuis, l'évolution technologique, la libération des ondes - pas toujours accueillie avec bonheur par les pouvoirs publics, comme ce fut le cas en France - et l'arrivée des radios libres, que nous devons à François Mitterrand, ont considérablement changé la donne, y compris pour ce qui est de la télévision. Aujourd'hui, les ondes se sont démocratisées et de nombreux acteurs privés ont fait leur apparition. Internet [PAGE 1383] permet désormais à chacun de proposer du contenu. Il n'y a pas si longtemps, personne ne parlait de YouTube, Facebook et autres, alors que leur succès est planétaire.

La façon dont on consomme les médias a également profondément évolué. Aujourd'hui, on écoute, on regarde un peu partout grâce aux tablettes ou aux smartphones. Le consommateur a désormais accès au monde entier et peut faire son choix sans entraves. Il décide de ce qu'il souhaite consommer et n'est donc plus un client captif.

Dans un monde concurrentiel, certaines chaînes ont trouvé leur public et, partant, le succès. D'autres, faute d'audience, ont disparu du paysage audiovisuel. Il s'agit là de la loi de l'offre et de la demande, que la redevance fausse essentiellement à l'avantage de la SSR, ce qui n'est pas tolérable pour nous.

Il y a naturellement d'excellentes raisons à cela, entre autres garantir le service public sur l'ensemble du territoire, y compris là où le public est clairsemé.

On avance aussi la menace d'une offre de programmes suisses créés en Suisse, qui se réduirait. Une telle situation, bien évidemment, serait regrettable. Je suis romande, donc probablement plus sensible au risque de cet effet. Mais le principe qui consiste à dire: "Payez, que vous regardiez ou non la télévision, que vous écoutiez ou non la radio" est pour moi inacceptable. Pouvons-nous considérer qu'il y a un devoir de solidarité des citoyens en faveur du service public? Nous, auditeurs et spectateurs, nous sommes des hommes et des femmes libres de savoir ce que nous souhaitons écouter ou regarder. Par leur choix, les citoyens privilégient bien évidemment ce qui leur plaît et permettent aux diffuseurs retenus d'avoir une audience susceptible de leur garantir des bénéfices assurant pérennité et développement.

Dans ce cas, la redevance est en fait un oreiller de paresse, puisque la question de l'audience, vitale dans le privé, n'est pas déterminante pour son principal bénéficiaire. Le soutien étatique a, comme dans tout domaine économique qui subit une distorsion de concurrence, un effet stérilisant dans la mesure où d'autres acteurs hésiteront à se présenter à leur public potentiel sur un segment déjà occupé par une concurrence échappant aux lois du marché.

Aujourd'hui, les opérateurs proposent des centaines de chaînes de radio et de télévision; Internet permet l'accès au monde entier; la pluralité des vecteurs a, dans la foulée, libéré le consommateur. Dans cette situation, pourquoi contraindre nos concitoyens à payer un montant non négligeable pour ce qu'ils boudent de plus en plus? Maintenir ce prélèvement sur les ménages et les entreprises relève d'un combat d'arrière-garde, alors que l'évolution est inéluctable. Le consommateur est désormais l'acteur principal du marché, qui fait son choix librement en fonction de ses goûts.

S'il s'avère qu'un média ne trouve plus son public, l'acharnement thérapeutique, c'est-à-dire la redevance, ne fait que retarder la fin du patient. Alors qu'elle devrait s'interroger sur le fait que seul un tiers du public qu'elle lui voudrait acquis lui est fidèle, la SSR souhaite simplement maintenir branchée la prise du respirateur artificiel.

Oui, je reconnais que de passer de 450 francs par ménage à rien peut être brutal, voire trop violent. C'est pour cela que je vais soutenir le contre-projet de la minorité Rutz Gregor, qui, finalement, est une solution intermédiaire, un compromis, dans la mesure où il prévoit de ne pas dépasser un montant maximum de 200 francs par ménage. Ce contre-projet tient compte de l'innovation; il vit avec notre époque.

Donc, à titre personnel, bien évidemment, je soutiendrai le contre-projet de la minorité Rutz Gregor, et je m'abstiendrai pour le moment sur l'initiative "No Billag". Mais je ne suis pas certaine de ne pas faire campagne pour "No Billag" par la suite.