Nantermod Philippe · Nationalrat · 2017-09-14
Nantermod Philippe · Nationalrat · Wallis · FDP-Liberale Fraktion · 2017-09-14
Wortprotokoll
L'initiative "No Billag" sera refusée, et le contre-projet ne verra très certainement pas le jour. Finalement, le peuple refusera cette initiative. Nous le savons. Nous aurons l'impression d'avoir ainsi réglé une fois pour toutes les problématiques relatives au financement du service public.
Je crois que le problème qui se pose ici ne relève ni de la cohésion nationale ni de la qualité du service public, à propos de laquelle je n'ai pas beaucoup de critiques à formuler à titre personnel. Depuis une vingtaine d'années, une lame de fond transforme le paysage médiatique comme jamais, en Suisse et ailleurs. La presse écrite souffre, mais les médias audiovisuels connaissent aussi leurs changements. Comme la musique a connu sa mue numérique. Comme le cinéma connaît aujourd'hui la sienne. Il ne sert à rien de croire que le maintien d'une redevance obligatoire et forfaitaire assurera le maintien d'un service public et d'un attachement fort à ce dernier.
Ces derniers mois, nous, les Romands, avons perdu "L'Hebdo". D'après les chiffres publiés, l'hebdomadaire perdait cinquante lecteurs par jour durant ses six derniers mois d'existence. Selon l'argument en faveur de la redevance, il aurait suffi de rendre l'abonnement obligatoire pour le sauver. Mais nous savons bien que c'est faux, que le mal - ou le changement, c'est selon - est bien plus profond que cela. Nous sommes tous ici des enfants de la télévision. Plus que moi, vous l'avez connue, avec trois chaînes nationales, comme seul média audiovisuel disponible. J'ai moi-même été élevé aux "Babibouchettes" de la TSR. Et c'est d'ailleurs par ce canal, en 1991, que je découvrais le Palais fédéral pour la première fois, avec le discours de la grande Babibouchette qui sait tout.
Mais ne nous leurrons pas. Les générations qui nous suivent sont des générations post-téléviseur, pour lesquelles il n'y a pas de vaches sacrées. Une génération qui consomme d'autres médias, autrement. Une part grandissante de la population n'accepte plus que tous paient le même montant obligatoire, que le produit soit consommé ou non, et qu'il le soit en grande ou en petite quantité. La consommation de médias ne se fait plus sur la base d'abonnements obligatoires, mais avec un choix pléthorique. Maintenant, les diffuseurs ont l'obligation de trouver des clients.
En refusant de débattre d'un financement plus moderne de la SSR, en refusant d'exiger du service audiovisuel qu'il cherche et trouve son public, nous condamnons le service public à long terme. J'en suis persuadé. Nous le maintenons dans l'illusion que les changements de société ne le touchent pas et qu'il suffit d'une loi pour que les consommateurs changent de comportement. Nous avions ici une opportunité de penser à un autre modèle, à un financement moderne et stimulant pour le service public, à un financement plus juste. Nous allons manquer cette opportunité. Je ne suis pas certain que la cohésion nationale et la qualité du service public en ressortent renforcées.