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Brélaz Daniel · Nationalrat · 2017-09-25

Brélaz Daniel · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2017-09-25

Wortprotokoll

Je voudrais tout d'abord déclarer mes liens d'intérêts: je suis membre du conseil d'administration de La Télé (Vaud-Fribourg TV SA), qui a été cofondée par la Municipalité de Lausanne lorsque je la présidais.

Que signifierait l'acceptation de l'initiative "No Billag"? La mort des deux tiers des radios; la disparition de toutes les chaînes de télévision régionales sauf une, très éventuellement deux. Je parle des télévisions régionales, parce que personne n'en parle ou pas assez, mais cette initiative signifierait aussi la disparition de la SSR, mais pas dans n'importe quelles conditions: en cas de oui, ce serait le 1er janvier de l'année suivante que tout s'arrêterait. Pensez-vous que des fournisseurs sérieux accepteraient de fournir du matériel, des films, ou autres, à une institution condamnée à mourir dans les mois qui suivent? S'ils n'étaient pas payés d'avance, il ne se passerait rien et la déchéance serait donc d'autant plus rapide.

Comme cela a été dit, l'acceptation de cette initiative aurait des conséquences extrêmes dans le domaine de la culture. Mais il en irait de même dans celui du sport. Qui couvrirait un grand événement international pour l'Eurovision? Faudrait-il mandater à coups de millions une télévision étrangère ou une chaîne privée? Les grands événements sportifs internationaux ne se passeraient probablement plus en Suisse: comme la couverture télévisuelle serait nulle, la publicité le serait aussi et la conséquence serait la disparition des manifestations en question.

Que se passerait-il dans le domaine des télévisions privées? Les concessions seraient révoquées au 1er janvier de l'année suivante et il faudrait les mettre au concours. Qui participerait dès lors à l'appel d'offres? Est-ce que ce serait un célèbre éditeur de la "Basler Zeitung" qui a racheté un certain nombre de journaux suisses alémaniques et qui, à l'image d'un Berlusconi, créerait un empire Blocher des télévisions régionales? Ou est-ce que ce serait plutôt un fonds qatari dont le but serait de donner une meilleure réputation à la religion musulmane en Suisse? Ou encore n'importe qui d'autre? Personne ne peut le dire aujourd'hui.

Ce qui est sûr, c'est que cette aventure serait totalement destructrice pour la SSR, qui a de plus en plus un rôle de média de proximité, et pour les télévisions, et pour les radios régionales.

Ce qui est clair aussi, c'est que le contre-projet est beaucoup trop violent. On peut discuter d'une baisse de quelques dizaines de francs - je suis incapable de chiffrer le nombre de dizaines - du montant de la redevance de réception. Une réduction de moitié a été analysée, et ses conséquences seraient presque aussi négatives que celles de l'initiative populaire même. Elles seraient bien sûr beaucoup plus négatives pour les régions qui n'ont aucune espérance d'atteindre une taille critique pour faire vivre une télévision de l'ampleur de ce qu'est aujourd'hui la SSR. Cela signifie que, s'il y a peut-être une forme - mais une forme très difficile à concevoir - de télévision purement commerciale, comme Tele Züri par [PAGE 1543] exemple, qui pourrait essayer de diffuser en Suisse alémanique, les probabilités pour qu'une chaîne de ce type voie le jour en Suisse romande ou en Suisse italienne sont nulles. Cela signifie donc que la Suisse romande et la Suisse italienne dépendront entièrement - pour l'information et pour le quota que les chaînes étrangères voudront bien leur consacrer - de médias certes très nombreux mais tous étrangers.

Pour toutes les raisons que j'ai exposées, l'initiative "No Billag" relève d'un populisme assez ultralibéral, au-delà même de ce que la plupart des ultralibéraux osent faire. Elle pourrait être attrayante pour celle ou celui qui doit compter chaque sou et qui par principe ne se rend pas compte de l'importance de la liberté de l'information dans notre pays. Mais toute citoyenne et tout citoyen préoccupé de culture locale ou régionale, et c'est le cas des Verts, ne peut que sanctionner d'un non cinglant une telle initiative populaire et d'un non presque aussi cinglant un contre-projet qui vise le même but mais en deux étapes.