Béglé Claude · Nationalrat · 2018-02-28
Béglé Claude · Nationalrat · Waadt · CVP-Fraktion · 2018-02-28
Wortprotokoll
J'ai déposé, en juin 2016, ce postulat par lequel je demande de créer une coordination au niveau suisse pour favoriser l'avènement de l'industrie 4.0. Le Conseil fédéral a estimé que la question était bien traitée. La majorité des PME étant toutefois absorbées par leur gestion quotidienne, je pense qu'un renforcement de la communication sur ce sujet complexe leur serait utile pour se préparer à l'avenir. L'industrie 4.0 représente en effet une mutation très profonde, plus profonde encore que les trois révolutions technologiques précédentes, à savoir la mécanisation, puis l'électrification et la production de masse et enfin l'automatisation grâce à l'électronique et à l'informatique.
La révolution numérique repose sur la mise en réseau d'appareils, de senseurs et d'êtres humains grâce à Internet. Tout cela grâce à un mélange d'informatique, d'électronique et de télécommunications, qui a permis l'avènement de l'Internet des objets, du "cloud computing", de l'intelligence artificielle et du "big data". Concrètement, ces technologies bouleversent l'organisation de la production industrielle. En effet, dans l'industrie 4.0, les machines communiquent entre elles pour optimiser les processus de production, pour détecter des pannes, pour repérer des défauts de fabrication, voire pour devenir plus intelligentes.
Quels sont les avantages de la numérisation? D'abord, elle permet de réduire les coûts de production d'environ 5 pour cent, selon une étude d'Ernst and Young, cette économie étant clairement la première motivation des PME qui se lancent dans l'aventure. Ensuite, elle permet aussi une fabrication sur mesure qui correspond aux besoins du client. En outre, elle favorise le développement de nouveaux produits et services. Enfin, les délais sont raccourcis: la PME peut réagir plus vite.
Concrètement, il faut aider les PME à relever ces défis, car ils sont énormes et nombreux. Un des premiers freins est celui de l'investissement nécessaire, qui est extrêmement élevé. On parle en effet de 5 pour cent du chiffre d'affaires. Il est intéressant de noter que cet argent va autant à la formation des collaborateurs qu'à la technologie numérique, ce qui représente environ 40 pour cent du coût total dans les deux cas. Il faut aussi faire face à la pénurie de compétences: la Suisse manque de spécialistes, et, dans une PME, la décision relève souvent du dirigeant, lequel n'est pas toujours formé à la complexité du numérique.
Enfin, le numérique implique souvent des bouleversements profonds en termes d'organisation et de modèle d'affaires, ce qui nécessite du temps, de l'énergie et de la prudence. Il n'est dès lors pas surprenant que plus de 54 pour cent des PME industrielles ne soient pas convaincues du potentiel de l'industrie 4.0.
Aujourd'hui, des mesures d'accompagnement existent, c'est vrai; la plate-forme 2025 fournit une information générale; les écoles polytechniques fédérales font de la recherche sur ce thème et le Secrétariat d'Etat à la formation, à la recherche et à l'innovation (SEFRI) a lancé en juillet dernier son plan d'action "Numérisation dans le domaine FRI durant les années 2019 et 2020". Deux formations en industrie 4.0 de niveau bachelor et master viennent d'ailleurs de voir le jour en Suisse. Toutefois, le SECO évoque peu l'industrie 4.0 sur son site; la stratégie "Suisse numérique", publiée en avril 2016, n'en parle pas.
D'autres pays, en revanche, sont très actifs. L'Allemagne a fait de l'industrie 4.0 une priorité. Elle s'est dotée, en 2011, d'un coordinateur. Les Pays-Bas ont lancé, en 2014, un agenda industriel 4.0. Signalons aussi l'existence d'une coopération internationale regroupant l'Allemagne, la France et l'Italie. C'est pourquoi je crois que pour une transition réussie vers l'industrie 4.0, il faut une implication fédérale. Il ne suffit pas en effet d'injecter du cloud et de l'Internet dans les usines, ce n'est en réalité que la première étape. En 2018, la question cruciale est celle de la valorisation des données récoltées avec la numérisation de l'entreprise; c'est une étape stratégique, car l'entreprise doit dire comment elle souhaite exploiter ces données pour être encore plus efficace. Il pourra s'agir de mieux régler les machines pour faire des économies d'énergie ou pour améliorer la qualité. Il faut aussi veiller à ce que ces données ne deviennent pas la propriété d'un fournisseur.
Bref, la PME doit explorer un nouveau champ d'expertise, celui de la gestion des données. Cette dernière étape montre à quel point l'industrie 4.0 représente un chantier complexe pour les entreprises et peut conduire à une révision radicale de leur fonctionnement. C'est aussi une évolution inéluctable et porteuse de gain de productivité. C'est pourquoi je pense que les PME doivent être mieux accompagnées. Un coordinateur fédéral de l'industrie 4.0 pourrait faire un état des lieux des bonnes pratiques existantes, faire le lien entre recherche universitaire et PME, repérer les entreprises prêtes à partager leur expérience, à collaborer avec Swissmem et à enrichir la plate-forme 2025.
En conclusion, nous ne pouvons pas prendre le risque de laisser nos PME sans appui face à un tel tsunami et à la concurrence de pays très réactifs comme les Pays-Bas. [PAGE 106]