Nidegger Yves · Nationalrat · 2018-06-04
Nidegger Yves · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2018-06-04
Wortprotokoll
Je représente la minorité, qui vous invite à donner une suite utile et nécessaire à cette initiative parlementaire déposée par Monsieur Claudio Zanetti, laquelle vise à ce que nous nous interdisions de clause guillotine, comme d'autres se font interdire volontairement de casino parce qu'ils savent qu'ils ne peuvent résister à certaines tentations même si celles-ci leur sont néfastes.
La majorité de la commission a considéré - et les rapporteurs vous l'expliqueront en détail - que, au fond, s'interdire de casino, c'est une atteinte à sa propre liberté, ce qui est certainement vrai et ce que la plupart des gens n'aurait pas l'idée de faire, sauf ceux qui, précisément, se sont montrés faibles de caractère et ont perdu tout leur argent en le jouant au casino. Ceux-là et seulement ceux-là, évidemment, devraient considérer cette interdiction, non pas comme une perte de liberté, mais au contraire comme un accroissement de leur liberté, en s'interdisant quelque chose de funeste pour leur liberté.
Or, les Suisses sont sans doute le seul peuple souverain sur cette planète, malgré sa réputation de souveraineté inoxydable, à avoir accepté le principe d'une clause guillotine, d'une restriction de sa liberté: le fait de lier un traité, que l'on sait être problématique, dont on prévoit que la population le contestera assez rapidement, contre lequel elle se révoltera, dont elle demandera la dénonciation, à une série de traités non problématiques afin de freiner, le jour où les velléités de dénoncer ce traité apparaîtraient, l'envie de le faire, ou alors en s'exposant à des représailles qui pourraient être dissuasives.
Rien qu'au niveau du vocabulaire, l'ensemble d'entre nous qui sont opposés à la peine de mort ne devraient avoir d'autre réaction face à une clause dite guillotine que celle de l'effroi. On aurait pu l'appeler "clause chaise électrique", cela vous aurait dissuadé; "clause injection létale", cela ne vous aurait pas plu non plus; "clause peloton d'exécution" ou "gibier de potence", et tout le monde aurait trouvé une émotion suffisante pour s'y opposer, mais la guillotine, avec le romantisme de la Révolution française, cela semble passer sans trop de problème.
Reconnaissons que nous avons un penchant mauvais, qui nous a amenés à des psychodrames importants. Pensez au vote du 9 février 2014, qui a coupé le pays en deux, autour précisément de la volonté de quitter l'accord sur la libre circulation des personnes. Pensez à toutes les circonlocutions assez pathétiques de ce Parlement pour ne pas appliquer la modification de la Constitution voulue par le peuple, parce que c'était politiquement compliqué de le faire avec nos rapports de voisinage, précisément à cause de cette clause dite guillotine.
Je crois que nous avons toutes les raisons, tout comme celui qui est addict au jeu, d'accepter humblement une interdiction de casino qu'au moins, elle, nous choisissons librement, afin d'augmenter notre liberté.
Donnez donc suite à l'initiative parlementaire Zanetti Claudio.