Savary Géraldine · Ständerat · 2018-06-06
Savary Géraldine · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2018-06-06
Wortprotokoll
Je voudrais dire quelques mots sur Agroscope parce que nous ne connaissons peut-être pas tous cette institution. Agroscope, ce sont 1000 collaboratrices et collaborateurs, un budget annuel de 186 millions de francs, trois sites principaux, à savoir Posieux, Changins et Reckenholz, sept sites spécialisés et quatorze exploitations. Agroscope a fait paraître environ 1200 articles et publications en 2017. Agroscope a perdu 60 postes depuis 2011, et la moitié des cadres ont été licenciés en 2016. Agroscope est une institution un peu à l'image de notre pays. Certes, il faut soutenir financièrement cette institution, mais elle correspond à ce qu'est la Suisse: il faut des stations dans toutes les régions du pays afin que cela corresponde à notre diversité. On sait que la diversité est la richesse de notre pays, mais elle a un coût.
Depuis dix ans, Agroscope subit des réformes et des restructurations pénibles à vivre tant pour les chercheurs que pour l'institution même, qui est secouée par les ukases de l'Office fédéral de l'agriculture et qui est soumise à des réformes et à des restructurations difficiles. La dernière décision, datée du 9 mars 2018 - c'est pour cela qu'un certain nombre d'interventions parlementaires ont été déposées -, prévoit que le réseau des centres de recherche agronomique fédéraux devrait être centralisé d'ici à 2028, ce dont a parlé Madame Häberli-Koller, sur un site unique à Posieux. Le processus pourrait aboutir à la suppression d'un certain nombre d'emplois; on parle de centaines d'emplois. On n'a pas encore les chiffres précis.
Je rappelle qu'Agroscope est une ancienne institution, fondée au XIXe siècle. Pourquoi existe-t-elle, comme d'ailleurs dans la plupart des pays qui tiennent encore à avoir une agriculture forte? Agroscope procède à des recherches sur la fertilité des sols, sur les variétés de blés, sur les champignons, sur les vins, sur les insectes. Dans la filière du fromage, j'en parle en connaissance de cause puisque je préside l'Association suisse des AOC-IGP, Agroscope travaille beaucoup sur la traçabilité des appellations et mène des recherches sur le lait, qui d'ailleurs sont faites à Posieux.
J'en profite pour dire que l'association que je préside ne serait pas touchée par la réforme d'Agroscope puisque les recherches sur le lait et le fromage se font déjà à Posieux. Donc je ne défends pas les intérêts d'une quelconque filière dans cette affaire, mais bien une vision diversifiée et forte de la recherche appliquée en matière d'agriculture.
Si j'ai déposé la motion 18.3241, c'est parce que je considère qu'il est difficile d'imaginer de poursuivre et de renforcer une recherche appliquée à Posieux, sur un seul site, alors qu'on sait que notre agriculture est diversifiée. A Posieux, on ne pourra pas faire des recherches sur les abricots parce qu'à ma connaissance - peut-être que les représentants du canton de Fribourg me contrediront -, il y a peu d'abricots qui poussent à Posieux! Donc on sait très bien que les stations de recherche doivent avoir un lien avec les sols, les terroirs et les productions locales.
A mes yeux, il est difficile aussi pour les chercheurs de faire des allers et retours entre la centrale et les champs, situés par exemple en Thurgovie ou au Tessin. Les cerveaux sont[NB]mobiles, on le sait - c'est le propre des cerveaux bien remplis -, mais il n'est pas certain que cette mobilité des chercheurs soit ce qui est le plus utile pour l'avenir de l'agriculture suisse s'ils passent leur temps dans le train.
Dans mon canton, en outre - vous permettez, Monsieur le conseiller fédéral, que je dise quelques mots sur le sujet -, le site de Changins a bénéficié d'importants travaux. On est, dans le canton de Vaud, reconnaissant envers la Confédération d'avoir engagé depuis dix ans des travaux pour un coût évalué entre 60 et 100 millions de francs. Tout le monde assurait, il y a un an, que le site de Changins allait être renforcé, que les équipes ne seraient pas touchées par les éventuelles mesures d'économies.
Aujourd'hui, après 100 millions de francs d'investissements, on nous a dit, à l'Office fédéral de l'agriculture, que cet endroit devrait être abandonné et qu'un nouveau site était créé à Posieux, qu'il fallait louer certaines parties ou la totalité du bâtiment de Changins, et je me demande aujourd'hui à quoi serviraient une station d'épuration et un four spécial, pour quel locataire ou propriétaire potentiel. Donc on voit qu'il y a un discours contradictoire qui n'est pas complètement compréhensible dans cette affaire.
Ma motion, Monsieur le conseiller fédéral, n'est pas un ukase, je le précise; elle vise simplement à ce que, dans la loi sur l'agriculture, la Confédération s'engage à gérer des stations de recherche agronomique. Je ne dis pas combien, je ne dis pas où, je dis simplement qu'il en faut un certain nombre pour - je le répète - qu'on puisse être efficace, pour qu'on puisse miser sur une diversité de notre agriculture, parce que je ne crois pas que l'on puisse renforcer la diversité de notre agriculture sans avoir une diversité de la recherche appliquée, en particulier en lien avec les territoires.
Je ne crois pas non plus qu'on puisse, à terme - et c'est ce que vous voulez, je crois -, miser sur l'exportation, miser sur les nouveaux marchés, miser sur des accords avec des pays étrangers en matière d'agriculture si, parallèlement, le département ne considère pas que la recherche appliquée est fondamentale dans ces démarches. Tous les pays qui nous entourent, qui misent sur la diversité de l'agriculture et sur l'avenir de leur agriculture - je pense en particulier à la France - misent aussi sur une recherche appliquée de qualité.
Je considère donc, en conclusion, qu'il y a des messages contradictoires dans ce que vous dites au monde agricole comme au monde de la recherche, et c'est pour cette raison que je vous demande, chers collègues, de soutenir cette motion. Je le répète: elle n'est pas extrêmement contraignante, je ne dis pas qu'il faut que ce soit le statu quo qui s'applique, mais je dis qu'il faut une diversité des instituts de recherche qui corresponde à la diversité de notre agriculture et de nos besoins.