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Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2018-09-13

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2018-09-13

Wortprotokoll

Les projets qui font l'objet du message sur l'armée 2018 comprennent des éléments intéressants, nécessaires, et d'autres plus contestables, selon le groupe socialiste. Nous y reviendrons.

Le total des crédits demandés dépasse légèrement les 2 milliards de francs, une somme conséquente. Ces nouvelles dépenses s'ajoutent aux dépenses pharamineuses déjà décidées. Le DDPS a dans le "pipeline" des dépenses qui se montent à 8 milliards de francs pour des investissements sous forme d'armement et d'améliorations technologiques, somme à laquelle pourraient s'ajouter prochainement les dépenses pour le projet de défense de notre espace aérien comprenant une défense sol-air - la fameuse Bodluv - et pour de nouveaux avions de combat, un projet pour lequel le Conseil fédéral espère une somme de 8 milliards de francs supplémentaires. C'est démentiel. Sans oublier que, vers 2030, l'ensemble des grands systèmes d'armement - de l'infanterie aux hélicoptères - sera devenu obsolète et devra être remplacé, mettant en jeu des sommes gigantesques.

Concernant le financement, pour faire face aux investissements qu'il réclame, le DDPS a obtenu 1,4 pour cent d'augmentation annuelle des dépenses militaires, soit environ 70 millions de francs par année. A l'aube des années 2030, le plafond de dépenses passera ainsi de 5 milliards à quelque 6 milliards de francs par année. Dans tous les autres départements ou presque, on parle de faire des économies ou des coupes budgétaires, alors que pour l'armée on ouvre le robinet, souvent pour des investissements illogiques en considération des menaces réelles qui pèsent sur notre sécurité.

Aussi, il nous paraît important de réfléchir à la pertinence de chaque investissement, de ne pas dépenser pour dépenser parce que l'argent est là, ce que les achats répétés de munitions démontrent. De notre point de vue, ce qui compte, c'est de faire évoluer notre armée pour lui permettre de répondre efficacement aux risques réels à moyen et à long terme. A cet égard, répétons une nouvelle fois ce que le Conseil fédéral nous a expliqué dans son rapport sur la sécurité: "Il n'existe à ce jour aucun ennemi véritablement identifiable qui pourrait, à moyen et même à long terme, déclencher une guerre conventionnelle contre notre pays. Les menaces ne concernent pas ce type de conflit, mais beaucoup plus le terrorisme ou les menaces 'cyber'."

Il est par ailleurs primordial d'investir dans la promotion de la paix afin de contribuer à stabiliser le monde qui nous entoure. Plus de sécurité et de paix ailleurs, c'est en définitive plus de paix et de sécurité également chez nous, car le terrorisme, par exemple, se nourrit de la misère et de la décomposition des Etats qui ont failli. Sur la base de ces différentes considérations, nous estimons que l'acquisition de lance-mines il y a quelques années était, par exemple, totalement déplacée. Dans le programme d'armement 2018, nous contestons des achats de munitions très conséquents, de nouveau, et le fait de proposer des acquisitions de moyens de protection pour le combat pour l'ensemble des militaires suisses. D'une part, l'effectif de notre armée reste exagéré. D'autre part, nos soldats ne seraient logiquement jamais engagés tous en même temps et pas tous soumis au même risque.

Dans ce sens, nous suivrons le Conseil des Etats, qui a décidé de réduire de moitié le nombre de pièces à acheter pour la protection balistique, soit une réduction de 100 millions de francs de l'ensemble du crédit, une décision réfléchie. En effet, il faut se rappeler que les sommes que l'on engage dans les acquisitions inutiles, c'est autant d'argent qui manque dans les caisses de l'Etat pour financer les infrastructures, favoriser l'enseignement ou encore soutenir les personnes qui ont besoin d'argent pour payer leurs primes d'assurance-maladie.

Dans ce programme, nous reconnaissons qu'il y a des éléments positifs, notamment les mesures prises pour sécuriser notre espace aérien, le maintien de l'efficacité du système de surveillance de l'espace aérien Florako, le remplacement de l'infrastructure au sol pour la radiocommunication aérienne, sans oublier le maintien de la valeur de nos hélicoptères de transport Cougar. Les hélicoptères sont des moyens performants pour aider les populations civiles, par exemple lors de catastrophes.

Ce message sur l'armée s'est enrichi cette année d'un nouveau chapitre: la mise hors service d'armements. Fort intelligemment - et il faut saluer l'action de notre gouvernement dans le domaine militaire lorsqu'il prend des initiatives heureuses -, le Conseil fédéral décide de mettre hors service des systèmes d'armes devenus obsolètes, notamment une partie de la flotte d'avions de combat F-5 Tiger, l'artillerie de forteresse, qui représente un reliquat de la guerre froide, ainsi que nos obusiers blindés, des véhicules de transport à chenilles ou des chars de combat qui ont fait leur temps et sont dépassés.

Prenons l'exemple de l'artillerie de forteresse. Ce système figé de défense ne correspond plus aux stratégies militaires d'aujourd'hui et devient absurde dans un pays dont une grande partie du territoire est urbanisée. Servirait-il à tirer sur nos maisons et nos populations? Et, surtout, pour contrer quel ennemi? Une grande inconnue! La Suisse est entourée de pays amis avec qui nous commerçons et nous nous [PAGE 1332] marions; elle est au milieu d'un continent objectivement sécurisé par des alliances militaires.

L'entrée en matière ne sera pas combattue par le groupe socialiste et sa position sur les différents arrêtés dépendra clairement des décisions qui seront prises.