Bendahan Samuel · Nationalrat · 2018-11-29
Bendahan Samuel · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2018-11-29
Wortprotokoll
On peut se demander qu'est-ce qui fera la force et la richesse de notre pays dans dix ans, dans une société qui sera dominée par l'ère 4.0 - l'automatisation - et aussi par les risques et les problématiques liés à l'environnement et à l'énergie. Une chose est certaine, ce qui est le plus à même de créer de la richesse et de la croissance pour notre population, c'est l'immatériel, c'est le savoir, c'est la connaissance, c'est la culture. De ce point de vue, le message donné aujourd'hui par ce budget va à l'encontre du bon sens. Cela a déjà été dit par plusieurs personnes, comment peut-on accepter l'idée de faire des coupes dans des projets alors qu'il faudrait au contraire être beaucoup plus ambitieux?
La proposition de la minorité Frehner, consistant à trancher dans la politique de la culture, va évidemment dans le mauvais sens, puisque la culture est typiquement un bien 4.0, qui, une fois produit, se diffuse largement. J'invite donc le Parlement à éviter de couper dans ces biens du futur, qui [PAGE 1864] contribuent, avec peu d'argent, au bien commun de l'ensemble de la population.
En ce qui concerne le Musée alpin suisse, je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée, après tous les investissements qui ont été faits dans cette institution par le passé, de la sacrifier aujourd'hui. Si nous renonçons aux 500[NB]000 francs supplémentaires dont nous discutons, ce ne seront pas seulement 500[NB]000 francs que nous aurons perdus. Nous aurons perdu tout ce qui a été investi dans ce musée et dans sa mission de défense et de promotion du patrimoine de notre pays et je sais que, dans cette assemblée, les gens sont sensibles à la question du patrimoine.
Il est donc fondamental de ne pas prendre aujourd'hui une décision qui entraînerait la disparition de ce musée et de tout ce qu'il apporte. Nous sommes attachés à nos montagnes, et pas seulement aux montagnes en tant que telles, mais à ce qu'elles représentent pour notre pays et pour le mode de vie d'une partie de la population. Un musée, tel que le Musée alpin suisse, tisse un réseau et acquiert ainsi une étendue nationale, cohérente avec la politique muséale de notre pays. Les activités de ce musée ne profitent pas juste aux personnes qui vivent dans les montagnes, elles contribuent au lien qui unit toutes les personnes qui habitent dans notre pays, pour qu'elles puissent se connaître les unes les autres et connaître leur patrimoine.
Sauver cette institution de l'annihilation, c'est une mission fondamentale que nous devons mener aujourd'hui. Je vous invite donc à soutenir le Musée alpin suisse et le maintien de son financement prévu dans le cadre du budget 2019.
Enfin, j'aimerais conclure avec le domaine de la formation. Toute une série de coupes visant la formation et la recherche sont prévues. Je déclare mes liens d'intérêts: je suis enseignant à l'Université de Lausanne, à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et dans d'autres universités. En matière de savoir immatériel, s'il y a bien quelque chose dans lequel nous devons investir aujourd'hui, ce sont les générations futures. Celles-ci seront soutenues si nous mettons à leur disposition des moyens ambitieux en matière de politique d'enseignement et de recherche. Or, regardez quels domaines sont visés par les propositions de coupes du Conseil fédéral: l'innovation, les universités, les hautes écoles et la formation professionnelle. Comment peut-on regarder le peuple en face en lui disant que ces domaines ne sont pas prioritaires pour notre avenir et pour la force de notre pays? Comment peut-on dire que nous ne voulons pas investir davantage dans la formation professionnelle et que nous ne voulons pas continuer à investir des fonds dans la recherche? Rappelez-vous qu'en disposant aujourd'hui d'une recherche forte, nous augmentons massivement les chances pour que, demain, les innovations qui seront les plus utilisées dans le monde viennent aussi de la Suisse. Et si elles viennent de la Suisse, elles profitent à la Suisse. Si nous formons des gens qui ont un savoir en Suisse, ou si nous soutenons des chercheurs qui développent des compétences, qui développent des technologies, la population entière de notre pays en bénéficiera. Il n'y a pas besoin de regarder très loin pour voir à quel point une entreprise qui utilise des technologies qui sont développées par la recherche peut créer de la croissance, une croissance écologiquement responsable, celle que nous recherchons et qui a fait, depuis des années maintenant, la force de notre pays.
Dans ce sens, je vous invite à soutenir toutes les propositions de la minorité Schneider Schüttel, lesquelles visent à rétablir partiellement le budget prévu dans le message FRI 2017-2020.
Il s'agit de garantir ainsi que notre pays se donne les moyens de financer ses forces majeures: son savoir, ses gens, son humanité. De ce point de vue, il ne faut pas oublier que non seulement nous avons énormément de forces pour le faire, mais que nous disposons aussi d'énormément de moyens. Avec un budget accompagné d'un bénéfice prévisionnel de plus de 1 milliard de francs, ces propositions ont un coût mineur mais un impact majeur.