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Beck Serge · Nationalrat · 1999-12-09

Beck Serge · Nationalrat · Waadt · Liberale Fraktion · 1999-12-09

Wortprotokoll

Il ne suffit pas de répéter, tous les cinq à dix ans, une chose fausse, même avec 100 000 citoyens de ce pays, pour qu'elle devienne vraie. Il n'y a pas plus dangereux, pour la paix et la sécurité des populations, que le pacifisme primaire qui postule le démantèlement des armées. Selon la technique habituelle de grignotage de la gauche, c'est bien ce but qui est visé.

Les changements géostratégiques des dernières années impliquent une remise en question de notre armée. Cette démarche est en cours. Les chiffres du budget et l'évolution du poste de la défense nationale, au cours des dernières années, sont là pour le prouver. La gauche nous présente une théorie qui, de prime abord, est séduisante: nous avons entendu tout à l'heure Mme Haering nous rappeler la diminution d'un tiers des dépenses militaires au cours des dix ou quinze dernières années, dans les pays occidentaux. Mme Haering a oublié de nous rappeler en parallèle le développement, la multiplication des génocides dans des conflits régionaux. On nous a également rappelé la stratégie internationale de l'ONU: nous avons vu ses limites en ex-Yougoslavie, au Rwanda, en Somalie, et l'on pourrait ainsi multiplier les exemples.

La gauche nous parle aussi de coupure entre la société civile et la société militaire, comme si notre pays était un Janus. Le système d'armée de milice que nous connaissons assure - et j'espère que cette assurance pourra être maintenue à l'avenir - la symbiose entre le peuple et l'armée. Et il n'y a pas, dans ce pays, de société civile et de société militaire.

On nous a également parlé de dépenses militaires grotesquement élevées. Rappelons que l'armée est une forme d'assurance et que dans ce domaine-là, comme dans celui des assurances sociales, nous ne pouvons pas pratiquer la politique de l'autruche préconisée par la gauche et dire: "Il n'y a pas eu de sinistres au cours des dernières années, résilions la police."

Quant à ceux qui veulent faire dépendre d'un consensus concernant la défense le port de l'arme pour les contingents de militaires engagés au service de la paix à l'étranger, nous pouvons mesurer là la frilosité de leur volonté d'engagement de soldats suisses au service de la paix.

La défense nationale est un élément fondateur de la politique de la paix. Pendant que nous menons un débat de nantis ou de spécialistes de salon - et j'invite Mme Hollenstein à aller au bout de son raisonnement et je rejoins M. Gross -, nous laissons perpétrer des massacres inadmissibles, même en Europe, à Srebrenica par exemple. Je rejoins M. Gross pour penser que l'écart des niveaux de vie est sans doute la menace la plus importante sur la sécurité. Cependant, nous le savons, cet écart ne pourra être réduit que par une remise en question de nos niveaux de vie, et là nous avons vu lors du débat sur les mesures d'accompagnement aux accords bilatéraux quelle est la frilosité de la même gauche à la moindre remise en question de ce niveau de vie.

Mais je vous invite, surtout au-delà des considérations économiques, à une réflexion morale. La plupart d'entre nous sont nés après la guerre et ont vécu dans la génération du "jamais plus" après la découverte des horreurs de la barbarie nazie. Voulons-nous être la génération de l'escroquerie morale qui répète: "Jamais plus!" et qui, au-delà de la théorie intellectuelle politiquement correcte, assiste égoïstement, à distance, à la répétition des génocides? Cette vertu-là, nous n'en voulons pas et nous avons à assumer solidairement avec la communauté internationale notre part pour le maintien de la paix qui postule le maintien d'un instrument de défense souple et performant, et donc l'engagement de moyens financiers qui permettent d'avoir cet instrument.

C'est la raison pour laquelle je ne peux que vous inviter à adhérer au projet du Conseil fédéral et à proposer au peuple de rejeter cette initiative populaire sans contre-projet, de manière à ce que nous ne soyons pas la génération de l'escroquerie morale.