Reynard Mathias · Nationalrat · 2019-03-19
Reynard Mathias · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-03-19
Wortprotokoll
Je défends aujourd'hui mon postulat 18.4048, "Il est temps d'obtenir des chiffres fiables sur la problématique du harcèlement sexuel". Le Conseil fédéral propose d'accepter le postulat. Mais, sans grande surprise, le groupe UDC s'y oppose aujourd'hui, ce qui conduit donc à ce débat dans notre conseil.
La dernière étude réalisée en Suisse sur la problématique du harcèlement sexuel sur le lieu de travail date de 2007 et a été publiée en 2008, soit il y a plus de dix ans. Dans sa conclusion, l'étude donne les chiffres suivants. En Suisse, 6,5 pour cent des personnes ayant un statut de salarié ont été confrontées, dans l'année qui précède l'étude, à un harcèlement sexuel sur le lieu de travail: les femmes - 10,3 pour cent, ce qui est nettement plus que les hommes, concernés pour 3,5 pour cent d'entre eux. Sur l'ensemble de la vie professionnelle, 18,1 pour cent des salariés ont été au moins une fois harcelés sexuellement sur le lieu de travail; c'est 28,3 pour cent des femmes et 10 pour cent des hommes.
Selon une étude de l'Institut français d'opinion publique, réalisée en 2018, plus d'une Française sur trois a été victime de harcèlement sexuel sur son lieu de travail au cours de sa carrière. Au Canada, pour ne prendre que deux exemples différents, une étude semblable a été réalisée en 2017 et arrive au même constat: environ un tiers des femmes ont subi un cas de harcèlement sexuel au travail, 21 pour cent ont été confrontées directement à une situation de violence.
Il n'existe aucune étude sur l'ensemble de notre pays sur la problématique du harcèlement de rue. La ville de Lausanne a néanmoins réalisé un sondage en 2016, et les résultats sont inquiétants. Vous en avez certainement déjà pris connaissance: 72 pour cent des femmes entre 16 et 25 ans interrogées par la ville de Lausanne ont expliqué avoir été confrontées au moins une fois à un épisode de harcèlement de rue à Lausanne lors des douze derniers mois. 72 pour cent! Pour 50 pour cent des victimes, les épisodes de harcèlement se sont produits au moins une fois par mois. 63 pour cent des victimes ont dit avoir été insultées; 32 pour cent ont dit avoir subi des attouchements. Enfin, selon une étude réalisée au sein de l'Union européenne en 2014, près d'une femme sur deux subit un acte de harcèlement sexuel depuis l'âge de quinze ans.
Ces chiffres font froid dans le dos. Il est donc nécessaire d'avoir des données actualisées dans notre pays, afin de nous permettre de connaître l'évolution de la problématique du harcèlement sexuel au travail entre 2008 et aujourd'hui et de disposer enfin de chiffres sur le harcèlement de rue, chiffres qui manquent jusqu'à présent au niveau suisse. Surtout, il est nécessaire de connaître ce phénomène et son ampleur pour pouvoir agir, avoir une vue d'ensemble et définir les champs d'action, les possibilités, les mesures à prendre pour lutter contre ce fléau.
Une telle étude et une telle collecte de statistiques correspondraient d'ailleurs complètement aux objectifs de l'article 11 de la Convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique, la fameuse Convention d'Istanbul, que la Suisse vient de ratifier - nous en avions parlé il y a quelques mois dans ce même Parlement.
Depuis l'apparition du phénomène "Me Too", qui a révélé l'ampleur du harcèlement sexuel dont sont victimes les femmes, aucune action concrète n'a été entreprise par la Confédération. Aucune. Alors qu'autour de nous, l'immense majorité des pays a réagi avec des mesures de prévention, de sensibilisation, des campagnes d'affichage, de la sensibilisation dans les écoles ou encore des mesures de répression comme on peut le voir dans de nombreux pays voisins, la Suisse reste figée dans un immobilisme coupable.
Par ce postulat, nous ne demandons pas la lune. Juste une étude afin d'obtenir des chiffres fiables, utiles, qui pourraient nous permettre de prendre ensuite des mesures contre ce fléau qu'est le harcèlement sexuel, qu'il se passe dans la rue ou sur le lieu de travail.
Je vous remercie de soutenir ce postulat, qui est d'ailleurs soutenu par le Conseil fédéral.