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Cramer Robert · Ständerat · 2019-06-11

Cramer Robert · Ständerat · Genf · Grüne Fraktion · 2019-06-11

Wortprotokoll

Tout d'abord, je dois remercier Monsieur Beat Vonlanthen d'avoir déposé cette initiative parlementaire, parce que si elle était venue d'un Bernois ou d'un Genevois, elle aurait eu peut-être quelque chose de partisan. C'est une bonne chose que ce soit un autre collègue qui ait déposé cette initiative.

Et puis, cela me donne l'occasion de vous dire ici, en toute subjectivité, quel est le sentiment qui peut prévaloir à Genève actuellement. C'est un sentiment de profonde incompréhension. Et pour arriver à en prendre la mesure, il faut effectivement faire un peu d'histoire, comme Madame Savary a entrepris de le faire. Historiquement, il existait deux radios importantes en Suisse romande, Radio Lausanne et Radio Genève. C'est dans ces circonstances que la télévision est née, à travers un certain nombre de pionniers qui ont développé la télévision depuis Genève. Genève s'est finalement trouvée pourvue et de la chaîne de télévision suisse romande et de Radio Genève. A ce moment-là, les prédécesseurs de la SSR, qui s'appelait autrement, ont décidé qu'il serait raisonnable de rassembler les forces, en concentrant la radio à Lausanne et en laissant la télévision à Genève. L'attitude des autorités genevoises n'a pas été de combattre cela, en exigeant, d'avoir un grand pôle à Genève, comme on est en train de l'imaginer maintenant. On aurait pu dire, à Genève: "Il faudrait, puisqu'on a déjà la télévision et la moitié de la radio, que l'on mette toute la radio à Genève et que l'on crée à Genève le centre de l'information de Suisse romande." Eh bien, telle n'a pas été l'attitude des Genevois. Ils ont dit qu'une diversification des lieux de production de l'information avait du sens.

Genève a encouragé le projet de création de la radio à Lausanne, qui a débouché sur la construction de la tour de La Sallaz, ce monument lausannois qui surplombe la ville, et a encouragé aussi le projet de la SSR en mettant à disposition gratuitement - et c'est toujours le cas - les terrains sur lesquels se trouve aujourd'hui le bâtiment de la télévision. [PAGE 373]

Vous comprenez par conséquent que l'on ressente une forte incompréhension en voyant que l'information radiophonique, qui a été concentrée à Lausanne, pourrait maintenant être entièrement déplacée à Lausanne. Cette incompréhension n'est pas liée seulement au fait que l'on souhaite posséder telle ou telle chose, mais également à la raison qui avait présidé à l'époque au choix des deux sites, c'est-à-dire à la volonté de diversification des lieux de production de l'information.

Cela a un sens dans notre pays qu'il y ait un lieu où l'on produise l'information en rapport avec la Genève internationale, avec le siège européen de l'Organisation des Nations Unies, avec tous les secrétariats qui gravitent autour de ce siège. Cela a un sens qu'il y ait également des journalistes qui produisent de l'information. Quand notre collègue Olivier Français parle de concentration de la diffusion, ce ne seraient pas des machines que l'on concentrerait mais des êtres humains. Comme la SSR s'exprime assez peu sur ce que cela signifie, il faut écouter ce que disent les syndicats: ils disent que ce sont environ 300 personnes qui sont concernées, dont 200 journalistes, soit 250 personnes qui travaillent dans le domaine de l'information plus un certain nombre de techniciens, j'imagine. Cela représente bien environ 300 personnes.

Ces 300 personnes qui partent, cela a bien sûr des conséquences sociales. Mais ce sont surtout 300 personnes qui vivent à proximité de différentes sources d'information qui iront vivre ailleurs. Ce sont 300 personnes qui côtoient au quotidien ceux qui font l'actualité internationale et locale, qui ne vont plus les côtoyer, simplement parce qu'elles seront plus loin physiquement. Donc c'est une perte au niveau de la qualité de la récolte d'information et également, bien sûr, au niveau des informations dont on peut bénéficier dans ce pays et à l'étranger. C'est de cela que l'on parle! Ce n'est pas de questions techniques, ce n'est pas de questions d'économie de moyens. Ce dont on parle, c'est de la qualité de l'information, et la qualité de l'information est en lien avec le lieu où on la produit, et avec le lieu où, physiquement, les journalistes se trouvent. Ce sont ces raisons qui ont conduit au fait que, à l'époque, on ait fait le choix des deux sites de Genève et Lausanne. Ces raisons sont toujours valables aujourd'hui.

A ces considérations j'aimerais en ajouter une autre. Quelque chose dont on ne parle jamais, mais à quoi je suis particulièrement sensible, c'est la cohésion confédérale. Genève a cette particularité géographique, comme Schaffhouse, d'être un canton totalement enclavé dans un Etat étranger. Genève se trouve dans une certaine situation géographique, et je conçois assurément qu'il puisse parfois être un peu fastidieux pour nos collègues fribourgeois, jurassiens, neuchâtelois ou valaisans, de devoir faire le voyage jusqu'au bout du lac; il serait plus commode que les déplacements soient plus courts. Et je conçois même que, pour ces collègues le fait d'être, de temps en temps, confrontés à ces Genevois qui ont les défauts de leurs qualités, donc qui en certaines circonstances peuvent se montrer difficiles à fréquenter, voire insupportables, ne doit pas toujours être agréable. Eh bien, mes chers collègues, vous devez savoir que votre présence dans ce canton du bout du lac est une présence bénéfique.

Vous devez savoir que, chaque fois que vous vous déplacez à Genève, vous contribuez à inscrire Genève dans une réalité romande et confédérale. Vous devez savoir que votre présence contribue à ouvrir l'esprit, à tout le moins des politiciens genevois et - je l'espère - d'une partie des Genevoises et des Genevois, aux préoccupations qui sont celles du pays. Et ce que je dis pour Genève, cette ouverture liée aux différents sites de production de l'information est, j'en suis convaincu, également valable pour Berne et Zurich.

Vous voyez donc que je considère que, dans cette chambre, qui doit être sensible à l'esprit confédéral, on doit être attentif au fait que tous les coins du pays sont également concernés par l'information et faire en sorte de ne pas en marginaliser une partie.

Les Genevois ont, malheureusement, un peu trop tendance à être égocentriques. S'il vous plaît, ne les aidez pas à l'être encore plus. Aidez-les à être un peu mieux en phase avec les réalités de notre pays, et que faire de mieux pour cela que d'avoir des sites de production d'information romande et nationale à Genève.

Ce sont les raisons pour lesquelles je vous recommande de soutenir, en lui donnant suite, l'excellente initiative parlementaire de notre collègue Vonlanthen.

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