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Levrat Christian · Ständerat · 2019-06-11

Levrat Christian · Ständerat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-06-11

Wortprotokoll

Je suis heureux, c'est la moindre des choses, de constater que vous ne sous-estimez pas l'importance du débat lancé par l'initiative de notre collègue Vonlanthen. Mon intervention n'a pas principalement comme objectif de défendre un lieu spécifique, même s'il s'agit en l'espèce de la capitale fédérale, même si au cours de l'histoire il a souvent fallu la défendre et rappeler que le pôle de notre vie politique était ici à Berne et non pas à Zurich ou Genève, et même si la SSR n'a accepté que très récemment de mener ses émissions politiques les soirs de votations et d'élections depuis Berne plutôt que depuis une banlieue zurichoise.

Il ne s'agit pas non plus pour moi de défendre des intérêts syndicaux, même s'ils sont en l'espèce importants. Les collaborateurs et collaboratrices de l'entreprise ne sont pas des pions que l'on déplace sur un échiquier. A l'heure où l'on se plaint des trajets excessifs des pendulaires, on peut se poser la question de savoir s'il est raisonnable que la SSR amplifie encore le phénomène en déplaçant les uns de Berne à Zurich, les autres de Zurich à Bâle, les troisièmes de Genève à Lausanne et les quatrièmes de Lausanne à Genève.

La question qui est posée est, fondamentalement, un peu différente; c'est celle de la diversité des médias - cela a été abordé à plusieurs reprises -, de leur diversité ou, à l'inverse ici, de leur concentration. Le déplacement du département actualités de Berne à Zurich dans le cadre de la radio alémanique appauvrira le paysage médiatique alémanique. Je considère pour ma part que c'est un coup dur qui accélèrera le phénomène de concentration. Après la reprise du "Bund" et de la "Berner Zeitung" de Berne et de la "Basler Zeitung" de Bâle par le "Tages-Anzeiger" de Zurich, après le rapprochement des journaux de Suisse orientale et de Suisse centrale avec les éditeurs zurichois et argoviens, on peut légitimement se poser la question de savoir s'il est indispensable, raisonnable ou même acceptable de suivre le même chemin pour la SSR. Ma réponse est non. Pour moi, si l'"idée suisse" veut dire quelque chose, c'est, au minimum, qu'il faut maintenir une présence forte dans la capitale fédérale, la maintenir aussi - cela a été très bien illustré par Monsieur Cramer dans le cas genevois -, parce que le génie d'un lieu influence le caractère de ses habitants, que le regard que l'on porte sur le monde n'est pas toujours ni forcément le même sur les bords de l'Aar ou sur les bords de la Limmat.

J'aimerais vous dire aussi que je ne partage pas les arguments selon lesquels on ne se mêlerait pas de la destinée d'une entreprise publique. Il s'agit d'une association - cela a été rappelé -, que l'on soutient à hauteur de 1,2 milliard de francs, et je n'ai pas vu les défenseurs de l'économie privée faire preuve des mêmes vertus lorsqu'étaient concernés, par exemple, des centres de tri de la Poste dans les régions périphériques, des centres CFF dans ces mêmes régions ou lorsqu'il s'agissait de débattre de l'implantation d'emplois liés à l'armée suisse. Il paraît évident, dans ces cas, qu'il s'agit d'une affaire politique. Le monde politique peut avoir un regard là-dessus, même si au final ce n'est pas lui qui porte la responsabilité primaire.

Donc vous m'aurez compris: je ne pense que du mal de cette décision de la SSR et je pense qu'il est aussi assez maladroit, de la part de la direction de l'entreprise, d'avoir transformé ce débat en test sur ses capacités de réforme interne. Parfois, un pas en arrière peut permettre de décrisper la discussion et d'ouvrir la voie à d'autres solutions. Cela vaut certainement pour la direction de la SSR, mais peut-être aussi pour notre conseil.

L'initiative parlementaire Vonlanthen correspond à cinq textes similaires qui sont pendants au Conseil national, qui les traitera durant cette session. Il s'agit d'initiatives parlementaires déposées par les présidents du PDC, des Verts, du PBD et de l'UDC ainsi que par le vice-président du PS. Ces textes vont précisément dans la même direction que celui présenté par Monsieur Vonlanthen. Ils seront traités lors de cette session ou, au pire, de la prochaine au Conseil national. Il convient dès lors de se poser la question de savoir s'il n'est pas raisonnable d'attendre le verdict de l'autre conseil et de traiter cette affaire, le cas échéant, lorsque les textes du Conseil national seront soumis à notre sagacité.

La sagesse légendaire du Conseil des Etats devrait nous conduire à poser la question d'un retrait, aujourd'hui, de l'initiative parlementaire Vonlanthen. Et qui sait, peut-être que, dans l'intervalle et grâce à l'intensité de notre discussion, la SSR trouvera une voie qui permette de réunir l'ensemble de ses alliés. Car l'immense majorité d'entre vous - et vous l'avez tous souligné aujourd'hui dans vos prises de parole - s'est battue pour la SSR, pour un système de service public financé par la redevance, et ce n'est pas le moindre des paradoxes qu'à peine une année après le débat et la votation sur l'initiative "No Billag", nous nous déchirions ici sur l'avenir de la SSR et sur l'orientation qu'il convient de lui donner. Peut-être que l'habileté voudrait que la SSR cherche elle aussi, hors du débat politique et en profitant du temps que nous gagnerions grâce au retrait de l'initiative parlementaire Vonlanthen, si son auteur y souscrivait, d'autres solutions pour éviter qu'au final ses alliés se déchirent au sein du Conseil des Etats ou au sein du Conseil national.

Pour moi, la sagesse voudrait que nous actions ce débat, que nous constations qu'il a été mené avec sérieux, avec engagement et avec une certaine émotion, mais qu'il n'est peut-être pas dans l'intérêt de l'entreprise ni dans celui du monde politique suisse de le trancher aujourd'hui. Il conviendrait d'attendre dans un premier temps que le Conseil national se prononce, d'utiliser le temps à disposition pour trouver des solutions autres qu'un arbitrage politique et donner à la [PAGE 375] SSR la marge de manoeuvre qui lui permettrait de sortir la tête haute de cette discussion.

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