Nordmann Roger · Nationalrat · 2019-06-13
Nordmann Roger · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-06-13
Wortprotokoll
Premièrement, les droits humains élémentaires ne valent-ils que pour les pays riches? Deuxièmement, les grandes entreprises sont-elles au-dessus des lois? Dans la globalisation telle que nous la connaissons, la réponse est trop souvent deux fois oui. Trop souvent, les multinationales font leur business sans garantir le respect élémentaire des conditions de travail, en exposant les populations à des produits toxiques. Trop souvent, les grandes entreprises multinationales ne respectent ni les lois locales ni les standards globaux.
Cette globalisation n'a pas d'avenir. Si le fonctionnement de l'économie globalisée ne s'améliore pas et si l'on ne maîtrise pas le réchauffement climatique, la dégradation des conditions de vie sera insupportable.
Nous avons tous les ingrédients d'un cercle vicieux entre violence et sous-développement. On peut bien sûr se dire que, en Suisse, on ne triche pas et que nous ne sommes pas concernés. Mais c'est faux. Nous sommes tous concernés parce que nous sommes des êtres humains et que nous croyons à la dignité humaine. L'exploitation des personnes n'est pas un modèle d'avenir. Notre pays est l'un des centres de commandement de l'économie globalisée, et nous avons tous une responsabilité. Et nous sommes tout à fait égoïstement concernés, car la destruction des ressources naturelles et l'immigration causée par la misère nous impactent directement.
Ce que cette initiative prévoit, c'est que les grandes entreprises ne doivent pas être au-dessus des lois, qu'elles doivent respecter les maigres standards universels en termes de droits humains, de conditions de travail et de protection contre la destruction de l'environnement. J'entends déjà les conseils d'administration de certaines multinationales dans lesquels on pleurniche sur la difficulté qu'il y aurait à se comporter correctement en affaires. Pourtant, de nombreuses entreprises, de toute taille, s'efforcent justement, jour après jour, de se comporter correctement, car elles ont compris qu'elles avaient tout à y gagner sur la durée.
La question de la responsabilité des multinationales me rappelle furieusement la question du blanchiment d'argent sale et celle du secret bancaire. Ce sont deux dossiers à propos desquels il était évident qu'il fallait cesser les mauvaises pratiques et à propos desquels la Suisse a traîné les pieds. Finalement, elle a dû s'adapter brutalement et, après coup, on s'est dit qu'elle aurait mieux fait de le faire depuis longtemps. Imposer quelques standards minimaux aux comportements des entreprises multinationales en Suisse, c'est la moindre des choses.
Après avoir pris trop tard le virage de la lutte contre le blanchiment d'argent, après avoir pris en retard celui de la lutte contre l'évasion fiscale, la Suisse a l'occasion de réussir le troisième virage: celui du cadrage de la globalisation.
Dans les lobbys feutrés d'Economiesuisse, on se focalise sur du "court-termisme" idiot, comme l'avaient fait autrefois les banques à propos du blanchiment et de l'évasion fiscale. Mais je suis sûr que cette initiative sera acceptée en votation populaire, car le sentiment domine dans la population qu'il faut maintenant cesser de détruire la planète et d'exploiter la moitié de l'humanité. [PAGE 1060]
Il y a deux types d'entreprises qui soutiennent le contre-projet: celles qui ont déjà pris le bon virage, parce qu'elles ont compris que c'était dans leur propre intérêt de respecter les règles du jeu, et celles qui ne les respectent pas encore, mais qui se rendent bien compte que, sans règles, les excès de la globalisation se retourneront contre elles.
Puis il y a les entreprises qui n'ont toujours rien compris, dont les délégués ont hanté les couloirs du Palais fédéral pour essayer de gagner encore quelques années d'infamie. Cette attitude n'est pas sans rappeler la lutte menée par certains pour empêcher l'interdiction de l'amiante, pour prolonger l'utilisation du DDT ou, si l'on remonte un peu plus dans l'histoire, pour empêcher la décolonisation ou retarder l'abolition de l'esclavage. Cette attitude finira dans les poubelles de l'histoire, et s'il n'y a pas de contre-projet, l'initiative pour les multinationales responsables sera acceptée par le peuple et les cantons.