Lexipedia

Roduit Benjamin · Nationalrat · 2019-06-19

Roduit Benjamin · Nationalrat · Wallis · CVP-Fraktion · 2019-06-19

Wortprotokoll

Qui s'oppose à la production bio? Personne! Que l'on soit consommateur, agriculteur, autorité communale ou cantonale, membre d'un office fédéral ou parlementaire, nous sommes tous convaincus de l'importance d'une eau propre et d'une alimentation saine pour des motifs de santé, d'éthique, d'écologie, d'économie ou de technique, pour nous et nos petits-enfants.

Permettez-moi de cibler mon intervention sur l'agriculture, puisque c'est elle qui est exclusivement visée par les deux initiatives, et en particulier sur la viticulture, principale culture en terre valaisanne.

Les consommateurs tout d'abord. Les signaux de la population sont clairs: personne ne veut ingurgiter des produits chimiques en s'alimentant. Rassurez-vous: les paysans non plus! L'agriculture, puisque c'est elle qui est exclusivement visée par les deux initiatives, est certainement le domaine qui a, ces dernières décennies, connu le plus de mutations en fournissant en permanence de grands efforts. Prenons l'exemple du glyphosate: lorsqu'il est utilisé conformément aux prescriptions, il ne représente aucun danger pour la santé. Nous pourrions même, avec les valeurs imposées en Suisse, consommer 72 kilogrammes de pâtes ou 1600 litres de vin par jour - ce qui est beaucoup, même pour un Valaisan! Or l'ensemble du monde paysan, de lui-même, veut supprimer cet herbicide en modifiant les modes de culture: [PAGE 1244] en dix ans, les quantités d'herbicides commercialisées ont baissé de 27 pour cent et déjà 10 pour cent du vignoble valaisan suit le programme d'enherbement Vitisol.

Les communes et les cantons ensuite. Les collectivités publiques n'ont pas attendu l'initiative pour une eau potable propre pour assainir leurs cours d'eau. Un exemple marquant: la "Tribune de Genève" mentionnait dans son édition de lundi une étude de la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman qualifiant de bonne à excellente la qualité de l'eau du Léman sur 113 sites répertoriés - avec une seule exception: une plage située à proximité d'une réserve naturelle -, avec des valeurs faibles de pesticides et de métaux, alors qu'en 1990 plus de 50 pour cent des sites ne répondaient pas aux normes. A cette époque, j'étais président d'une commune membre de la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman située dans la vallée du Rhône, qui déverse donc ses eaux dans le Léman. J'ai bien pu mesurer concrètement les progrès réalisés et il est irresponsable de dire que rien n'a été fait.

Quant aux cantons, ils sont nombreux à avoir adopté des plans d'action de réduction des produits phytosanitaires. En Valais par exemple, dans le domaine de l'arboriculture et de la viticulture - nous visons l'excellence pour nos vins valaisans -, l'office cantonal compétent a élaboré avec les milieux professionnels une liste de 6 objectifs et 34 mesures visant à réduire de 50 pour cent le risque de maladies chroniques liées à l'utilisation de produits phytosanitaires. Cela passe par des traitements sans produits de synthèse qui protègent les récoltes contre les maladies et les ravageurs, par un renforcement de l'information sur leur usage et surtout par un financement qui permet, à raison de 4 millions de francs investis par année par le canton du Valais, de réaliser de nouveaux projets structurels, d'accorder un soutien à de nouvelles stations de rinçage des pulvérisateurs ou encore d'encourager l'utilisation de méthodes alternatives, par exemple la lutte par confusion. Aujourd'hui, le tiers du vignoble valaisan est déjà reconnu par Bio Suisse dans le cadre de son label Bio Bourgeon.

Enfin, il y a la Confédération. Celle-ci intègre déjà des points mentionnés dans les deux initiatives dans sa politique agricole actuelle. Par exemple, 95 pour cent des surfaces viticoles suisses sont cultivées selon les directives des prestations écologiques requises et il y a aussi les mesures renforcées et complétées figurant dans la Politique agricole 2022 plus. Protection de l'eau, sûreté alimentaire, biodiversité, résistance aux antibiotiques, tous ces objectifs sont prioritaires et sont planifiés et mesurés dans le temps. Enfin, à ce jour, aucun partisan d'un contre-projet direct ou indirect n'a réussi à me dire quelles mesures supplémentaires il faudrait adopter par rapport à celles proposées dans la Politique agricole 2022 plus, hormis bien sûr celles, diffuses et inadaptées, des deux initiatives.

En résumé, si nous voulons une eau propre et obtenir des aliments sains et conformes aux attentes du consommateur, il s'agit, dans le cadre de la Politique agricole 2022 plus, de renforcer le plan d'action par un train de mesures réalistes et supportables par les exploitations, et tout cela de manière progressive - Rome ne s'est pas faite en un jour! - afin de développer et d'offrir aux agriculteurs de vraies alternatives à leur système traditionnel de production.

Par conséquent, je vous prie ainsi de suivre la majorité de la commission sur tous les points et de rejeter ainsi les deux initiatives et tout contre-projet, direct ou indirect.