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Reynard Mathias · Nationalrat · 2019-09-11

Reynard Mathias · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2019-09-11

Wortprotokoll

Je ne vous apprends rien de nouveau: en matière de politique familiale, la Suisse est très en retard. Toutes les propositions favorables aux familles - congé maternité, congé-paternité, congé parental, création de places de crèches, droit au temps partiel après la naissance d'un enfant - sont a priori combattues par la droite du pays, trop occupée à compter les sous et oubliant que les montants alloués à la politique familiale ne sont pas des dépenses, mais des investissements.

Il est d'ailleurs particulièrement cocasse de lire que la majorité du Conseil fédéral refuse toute introduction d'un congé-paternité, sous prétexte qu'il vaut mieux investir dans les crèches, alors que la majorité de ce même gouvernement s'est battue durant cette législature contre une prolongation des aides financières fédérales à la création de places de crèche.

Je peux le dire aujourd'hui: je suis fier d'appartenir au véritable "parti de la famille" de ce pays. Nous pouvons encore une fois le vérifier aujourd'hui. Cela se voyait déjà lors du combat pour mettre en place un congé maternité en Suisse. Et cela a pris du temps: inscrit comme objectif dans la Constitution en 1945, le congé maternité sera rejeté à quatre reprises en votations populaires, en 1974, 1984, 1987 et 1999, avant d'être accepté dans sa modeste forme actuelle, en 2004. De la même manière, le groupe socialiste s'engage depuis des années en faveur du congé-paternité. Les premières interventions parlementaires de notre groupe en ce sens datent d'il y a plus de vingt ans. Depuis, la droite du Parlement a systématiquement refusé toutes les propositions de congé-paternité ou de congé parental, sans exception. La dernière en date fait sourire: ce même Conseil national a refusé, le 27 avril 2016, par 97 voix contre 90 et 5 abstentions, l'initiative parlementaire Candinas 14.415, "Deux semaines de congé-paternité payé par le régime des APG".

Aujourd'hui, il semble qu'une majorité pourra se dégager en faveur d'une proposition exactement similaire. L'approche des élections fédérales et la popularité de l'initiative populaire exercent une merveilleuse pression sur une partie du Parlement.

Il faut dire qu'il est temps: la Suisse est le seul pays européen ne possédant ni congé-paternité ni congé parental. A la naissance d'un enfant, le père n'a généralement droit qu'à un jour de congé, comme pour un déménagement! Cela en dit long sur la valeur que nous donnons à la famille dans ce pays, ainsi que sur le rôle que nous accordons aux pères. Chez nous, l'arrivée d'un nouveau-né ne semble devoir concerner que les femmes, il est temps que cela change!

Les jeunes couples de notre pays ne veulent plus d'un système digne du début du XXe siècle - et je suis encore gentil. Ils sont en droit d'attendre que le monde politique adapte les structures actuelles à leurs besoins.

Le groupe socialiste défend un modèle de congé parental de 38 semaines. Ce congé serait réparti en laissant une certaine flexibilité aux familles - je l'ai déjà évoqué: 14 semaines pour la mère, comme aujourd'hui, 14 semaines pour le père et 10 semaines à se partager entre les parents.

J'ai déjà énuméré les principales conséquences positives d'un tel congé parental. Il est:

- positif pour les familles; [PAGE 1448]

- positif pour la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle;

- positif pour le lien entre le père et l'enfant, pour l'implication du père dans l'éducation des enfants;

- positif pour les femmes évidemment;

- positif pour le développement de l'enfant;

- positif aussi pour le désir d'enfants et la natalité, comme le confirme une récente étude australienne;

- positif pour un partage des tâches plus égalitaire, parce que même dans les pays qui tentent d'être le plus égalitaire possible, à la naissance d'un enfant, ce système inégalitaire est reproduit tant qu'il n'y a pas de congé parental;

- positif également pour lutter contre les inégalités salariales;

- positif au niveau des retombées économiques: en termes de productivité, de taux d'emploi des femmes sur le marché du travail;

- positif enfin pour les PME, parce que seules les très grandes entreprises peuvent aujourd'hui se permettre d'offrir un congé-paternité - ce qui les rend très attractives, au détriment, évidemment, des PME, qui ne peuvent pas le financer elles-mêmes. Cela serait encouragé par la mise en place officielle d'un tel congé financé par les APG.

Nous soutenons donc en priorité un modèle de congé parental et réfléchissons d'ailleurs au lancement d'une initiative populaire en ce sens, puisqu'il semble que ce soit uniquement à l'approche d'un vote populaire que le Parlement se montre prêt à concéder des avancées sociales à la population du pays.

En cas de refus des propositions en faveur d'un congé parental, nous soutiendrons l'initiative populaire pour 4 semaines de congé-paternité, qui est déjà un compromis extrêmement modéré. Et si celle-ci devait être refusée, nous voterions évidemment en faveur de la solution minimaliste de 2 semaines de congé-paternité. Ce serait toujours une avancée pour les familles, pour les pères et les mères, et pour les enfants de ce pays.

Ce petit pas aura été arraché dans la douleur à une majorité davantage soucieuse, durant cette législature, de faire des cadeaux fiscaux aux plus privilégiés que d'améliorer les conditions de vie de la population. Ce petit pas sera tout de même historique; il se savourera et ne sera qu'une première étape vers un congé parental et une politique familiale égalitaire. Dans cinquante ans, nous regarderons sans doute ces débats avec un sourire, de la même façon que nous regardons aujourd'hui avec le sourire les débats du Parlement du siècle passé sur l'introduction du droit de vote des femmes ou du congé maternité.