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Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2002-09-24

Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2002-09-24

Wortprotokoll

Au risque de faire bondir les producteurs de tabac, je voudrais quand même rappeler qu'il s'agit là d'une des drogues les plus dangereuses et les plus nocives. Son potentiel de dépendance physique et psychique est considérable et sa toxicité particulièrement élevée.

Chaque année 8000 personnes en Suisse meurent à cause du tabac. C'est plus que le nombre des morts dus, tout ensemble, au sida, à l'alcool, aux drogues dures, aux accidents de la route, aux assassinats et aux suicides. Le coût social de cette hécatombe est évalué en Suisse à 1,2 milliard de francs par an, en ce qui concerne les coûts médicaux, et à 3,8 milliards de francs par an pour les coûts indirects (forces de travail perdues, invalidité et mortalité précoce). Si la situation n'est pas terrible chez nous, elle est encore bien pire ailleurs, notamment dans les pays en développement. Sur la base d'une étude récente sur l'évolution des prix dans 80 pays, l'OMS s'est livrée à des projections selon lesquelles 8,4 millions de personnes décéderont à cause du tabac en l'an 2020, dont 70 pour cent dans les pays en développement.

La Banque mondiale elle aussi s'est livrée à des calculs. On a déjà fait allusion à ces calculs, selon lesquels une augmentation de 10 pour cent du prix du paquet de cigarettes pourrait engendrer une baisse de consommation de 4 pour cent sur le plan général, mais de 7 à 8 pour cent de la consommation pour les revenus les plus bas et chez les jeunes consommateurs. Cela pousserait dans l'ensemble du monde environ 42 millions de fumeurs à arrêter de fumer et cela permettrait d'éviter 10 millions de décès liés au tabagisme.

Cette perspective est certainement crédible vu que les fabricants de cigarettes ne s'y sont pas trompés. Dans un document de Philip Morris International, on peut lire en effet: "De tous les sujets qui nous préoccupent, celui qui nous inquiète le plus a trait à la taxation." Un autre document de la British American Tobacco confirme ce propos: "Avec l'augmentation des taxes et la diminution de la consommation qui en résulterait, l'industrie du tabac pourrait perdre toute sa vitalité ...." et la santé publique retrouver toute sa vigueur! Mais cette dernière phrase, c'est moi qui l'ajoute.

Si la proportion des fumeurs reste stable en Suisse, chez les jeunes, les statistiques explosent. Chez les 15 à 19 ans, le pourcentage des fumeurs a passé de 23 pour cent en 1992 à 40 pour cent en 1997. 14 000 enfants de 15 ans fument tous les jours. Or, plus la rencontre avec le tabac est précoce, plus les dommages sur la santé sont importants à moyen terme. Et tout cela pourquoi? Pour du plaisir?

En tant qu'ancienne fumeuse excessive mal guérie, je pense souvent à ce mot du poète Henri Michaux selon qui la cigarette n'est qu'un "misérable miracle", une attente de plaisir et de bien-être qui ne tient jamais ses promesses. Ce sont les représentations sociales qu'entretiennent les images publicitaires des cigarettiers diffusées à raison de 100 millions de francs par année.

Face à cette situation, le projet du Conseil fédéral, excusez-moi de le dire, est d'une incroyable frilosité. Il nous amène à nous demander si nous ne sommes pas en train de passer joyeusement et sereinement à côté d'un vrai désastre du point de vue sanitaire.

C'est pourquoi le groupe écologiste recommande d'entrer en matière et de soutenir les propositions des minorités.

J'ajouterai encore une chose. N'aborder ce vrai problème que sous l'angle des recettes fiscales nécessaires à la Confédération ou des recettes fiscales qu'on ne veut pas parce qu'elles constituent des charges insupportables, c'est selon nous du pur cynisme.